Les-Bons-Villers

 

 La dernière édition de "La croisée de nos chemins"

Les dernières "Réflexions sur le temps liturgique"

Lectures du jour et/ou de dimanche prochain

(c) AELF - Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones

 

Cette page concerne plus particulièrement les paroisses situées dans l'entité des Bons-Villers.  Au fil du temps, vous y trouverez des informations concernant la vie de ces cinq communautés paroissiales et villageoises.

 

Habitants des Bons-Villers, cette page est aussi la vôtre.  Si vous souhaitez y voir figurer une information, envoyez votre suggestion.

 

Si vous recherchez des informations historiques sur les 5 villages de l'entité, vous en trouverez sur le site de l'administration communale.  Vous y trouverez également une rubrique "Nos Paroisses".

 

Les titres des rubriques ci-dessous renvoient aux textes situés plus loin dans le document; cliquez sur le lien pour un accès direct:

Consultez également les rubriques générales:

Pour toute question, suggestion, ou simplement pour être écouté, n'hésitez pas à téléphoner à notre secrétaire paroissial, Jean-Marie Mathelart (0484/147689)

 

DEMANDE DE MESSE(S) à vos intentions ou pour un ou plusieurs défunt(s), chez
- Thérésina Helguers (071 85 1905) pour Frasnes, Mellet, Villers-Perwin et Wayaux ;
- Léon Paternotte (071 84 6189) pour Rèves.

 

DEMANDE DE BAPTÊME, pour les 5 paroisses de l'entité, chez

- Charles Henrard (071 84 5061)

 

Mise place du conseil pastoral

 

En vue de représenter nos paroisses dans son dialogue avec l’EAP, vous avez choisi : Marie-Jeanne Mohimont, Myriam Damay-De Surlemont, Thérèse Gryspeert-Semaille, Thérèsina Cacciatore-Helguers, Charles Henrard, Jean-Luc Detrez, Jean-Marie Descamps, Jean-Marie Mathelart, Pierre Defossez.

Le CP s’est réuni pour  la première fois le 21 mars, sous la présidence du doyen Ignace Leman et en présence de notre curé.  En voici quelques échos:

  • L’Eglise demande aux fidèles de se rassembler, et de le faire autour de la Parole et de l’Eucharistie.

  • Pour ce faire, une messe doit être célébrée chaque dimanche, au même endroit, à la même heure.

  • Les célébrations dans les autres « clochers » doivent être réparties en tenant compte des fêtes et événements qui ont un sens particulier pour la communauté concernée… et en fonction des possibilités.

  • Concrètement, durant cet été, une messe sera célébrée tous les dimanches à Frasnes, à 10h45 ; les autres célébrations seront annoncées dans la feuille paroissiale.

  • Face à une Eglise considérée comme « pas suffisamment appelante », il faut redynamiser nos célébrations pour en faire des « catéchèses d’adultes », où tous les publics se sentent concernés : les « habitués », les enfants qui se préparent à recevoir un sacrement, ceux qui l’ont reçu, les parents, etc.

  • Chaque communauté est invitée à trouver « le charisme du lieu, des personnes, un objet dans l’église… » à faire découvrir à tous les paroissiens du Doyenné.

Célébrations

 

Nouvel horaires des messes dominicales

A partir du 14 octobre, et jusqu'à nouvel ordre, l’horaire des messes dominicales dans Les-Bons-Villers sera le suivant :

                                      tous les samedis à 18h00 à Villers-Perwin

                                      le 1er  dimanche à 9h30 à Mellet et à 11h00 à Rèves

                                      le 2ème dimanche à 9h30 à Wayaux et à 11h00 à Frasnes-lez-Gosselies

                                      le 3ème  dimanche à 9h30 à Mellet et à 11h00 à Rèves

                                      le 4ème dimanche à 9h30 à Wayaux et à 11h00 à Frasnes-lez-Gosselies

L'horaire du 5ème dimanche (quand il y en a un) est déterminé en fonction des circonstances.

Des modifications sont possibles en cas de fête locale, ou pour assurer la rotation des fêtes liturgiques qui sont traditionnellement célébrées en unité par nos cinq paroisses.

Merci aux catéchistes et autres animateurs de tenir compte de ce planning dans la préparation de leurs célébrations spéciales.

 

Consultez le feuillet hebdomadaire "A la croisée de nos chemins" pour le détail des intentions de messe et des célébrations de la semaine.

Messes de semaine

Des messes sont généralement célébrées en semaine:

  • à Villers-Perwin (Home Corbisier) : le premier mardi du mois à 14h15

  • à Frasnes-lez-Gosselies (Home Notre-Dame de Banneux): le premier mardi du mois à 15h30

  • à Mellet (Home des 3 arbres) : le troisième mardi du mois à 14h15

  • à Rèves, les mardi, mercredi et jeudi, à 8h00

Cet horaire pouvant varier en fonction des circonstances et de la disponibilité des prêtres, veuillez toujours consulter la dernière édition de "A la croisée de nos chemins"

 

A la croisée de nos chemins

Retrouvez ici les exemplaires les plus récents de votre feuillet d'information, à consulter ou à télécharger au format PDF:

Pour recevoir chaque semaine votre exemplaire par mail, inscrivez-vous ici

 

Réflexions sur le temps liturgique - sommaire

 

Retrouvez ci-dessous le lien vers un billet soumis (presque) chaque semaine à votre réflexion (le même texte est le plus souvent repris comme "édito" de la "Croisée de nos chemins")

Réflexions sur le temps liturgique - Année A

« Vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneur viendra. » (Matthieu 24, 42)

Si, au premier jour de l’Avent, nous changeons d’année liturgique, et donc d’évangéliste, le thème des lectures reste, pour une semaine encore, celui de la « fin des temps ». On pourrait s’étonner de ce choix et s’attendre à ce que la liturgie nous amène directement dans le renouveau, vers ce nouveau départ symbolisé par la naissance d’un enfant.

En commençant une nouvelle année, n’oublie-t-on pas toutes les promesses que l’on n’a pas tenues l’année précédente, pour en faire de nouvelles, en espérant qu’elles auront plus de chances de se réaliser ? N’essaie-t-on pas d’oublier tout ce qui n’a pas marché, en se disant que cette année sera la bonne ?

C’est que Noël, pour un Chrétien, ce n’est pas seulement la commémoration cyclique d’un événement, certes marquant pour notre histoire, mais dont on ne connaît avec exactitude ni le jour, ni le mois, ni l’année…

Bien que le mot « Noël » soit apparenté à « natalis », qui signifie « naissance », nous ne préparons pas l’anniversaire du « petit Jésus », pas plus que nous ne préparons sa venue, qui s’est déjà produite, il y a plus de deux mille ans. En revanche, la fête de Noël nous rappelle que nous attendons celui dont nous disons, chaque fois que nous récitons le Credo, « Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts, et son règne n’aura pas de fin. »

C’est sans doute pour cela que la Liturgie nous place, en ce début d’Avent, dans une perspective bien plus lointaine que ce que nous appelons les « fêtes de fin d’années », et où Noël n’est, pour beaucoup, qu’une occasion parmi d’autres de s’amuser. S’il est bon de célébrer le jour où Dieu c’est fait homme jusque dans la fragilité d’un nouveau-né pour apporter un message de « paix aux hommes de bonne volonté », il nous appartient aussi de célébrer les autres jours, en faisant notre devoir d’entretenir cette paix, qu’Il souhaite pour tous les hommes.

Du temps de Jésus, on ne parlait pas encore de « trêve de Noël », même si l’idée d’un temps pour déposer momentanément les armes existait déjà dans l’antiquité sous diverses formes (les jeux olympiques en sont l’exemple le plus connu). Mais Jésus voulait déjà plus : puisque vous ne savez pas quand il (re)viendra, comportez-vous comme si c’était Noël tous les jours.

L’intention y est déjà ; gageons que dans l’une ou l’autre paroisse, on chantera encore « C’est Noël chaque jour ». Nous avons quatre semaines pour nous entrainer à faire en sorte qu’après Noël, ce soit encore et toujours Noël… « jusqu’à ce qu’Il vienne » (cela aussi, on le chante souvent, dans l’anamnèse).

Autrement !

Pour ce quatrième « dimanche autrement », la liturgie nous fait (re)découvrir un personnage à qui le mot « autrement » pourrait particulièrement bien s’appliquer. Dernier prophète de l’ancien testament, Jean-Baptiste a encore l’idée d’un redoutable Dieu vengeur, qui manierait la pelle et la cognée comme un ancien président de la République voulait manier le Kärcher…

En même temps, il fait preuve d’une grande modernité. Avant même que Jésus n’entame sa mission, Jean-Baptiste invite ses concitoyens à la conversion ; lui aussi annonce un « royaume des cieux », où les valeurs traditionnelles seront bouleversées. Images de ce qu’il annonce, sa tenue vestimentaire et sa nourriture s’écartent des codes classiques où s’enferment les courants majoritaires du judaïsme… et cela semble porter ses fruits : on vient de partout pour l’écouter, au risque de se faire insulter !

Il est curieux de noter que le baptême de Jean ne pardonne pas les péchés, comme nous l’affirmons du baptême chrétien dans notre Credo : « Je reconnais un seul baptême pour le pardon des péchés » ; mais par ce geste d’une grande humilité, ceux qui se font baptiser par Jean reconnaissent leurs péchés et entament ainsi une démarche personnelle de conversion.

Si Jean-Baptiste ne se donne pas le pouvoir de pardonner, il invite ses fidèles à aller bien plus loin que le simple regret de leurs fautes : les expressions qu’il emploie (« droit chemin », « porter du fruit ») ne sont pas tournées vers le passé, mais vers le futur. C’est le rapport à la vie, aux autres, à Dieu, qu’il les invite, et nous aussi par la même occasion, à voir et à vivre autrement.

Les athées disent souvent que ce n’est pas Dieu qui a créé l’homme à son image, mais l’homme qui a créé Dieu à son image. Ils n’ont peut-être pas tout-à-fait tort : le Dieu d’Abraham, de Moïse, de Jésus, de Mohamed (paix et bénédiction sur eux) s’est révélé avec des mots que ceux à qui il s’adressait pouvaient comprendre. Rien d’étonnant dès lors que chacun « dise Dieu » dans sa culture, avec les malentendus que l’on connaît aujourd’hui, mais qui ne sont finalement pas propres à notre époque.

Jean-Baptiste puis Jésus ont su réinventer le rapport à Dieu, à la religion. Ils n’ont pas été compris, mais leur message leur a survécu. La « conversion » dont parle Jean-Baptiste n’est pas seulement pour les pécheurs ; tous sont appelés à remettre en cause leur manière de croire, de servir Dieu et les hommes.

Nos frères protestants disent qu’il faut se réformer sans cesse : « Ecclesia reformata semper reformanda » est un des grands principes du protestantisme, mais l’Eglise « réformée » n’en a pas l’exclusivité. Le Concile Vatican II a présenté la conversion ecclésiale comme l’ouverture à une réforme permanente de soi par fidélité à Jésus-Christ : « L’Église [NDLR : catholique] au cours de son pèlerinage, est appelée par le Christ à cette réforme permanente dont elle a perpétuellement besoin en tant qu’institution humaine et terrestre ».

C’est donc le Christ lui-même qui nous invite à vivre « autrement », et ce temps d’Avent est l’occasion pour commencer. Puisse ce « dimanche autrement » ouvrir nos cœurs et nos esprits, et peut-être aussi nos mains.

A propos des "dimanches autrement"

Bien que l’on soit déjà à la quatrième édition, les « dimanches autrement » suscitent encore beaucoup de questions et d’incompréhension. Convaincus que ces célébrations, qui devraient attirer un plus large public sans toutefois « chasser » les fidèles de célébrations plus classiques, font partie de l’avenir de nos communautés, nous voulons donner la parole à ceux qui les vivent de l’intérieur, comme participants réguliers ou comme animateurs d’ateliers. Cette semaine, Charles et Martine nous livrent leur perception.

« Dimanche autrement », C'est quoi ?

Il s'agit d'une messe dominicale, entière, célébrée d'une manière rénovée, ce qui signifie que non seulement les participants viennent écouter, prier mais également échanger leurs idées. Cet échange se fait au choix de chacun, suivant sa sensibilité en discutant, en chantant, en dansant, en dessinant…

Comment ? Le rassemblement des participants se fait comme d'habitude dans l'église suivant un horaire bien défini et communiqué dans les différentes paroisses. Chacun choisit une activité parmi les nombreuses possibilités affichées à l'entrée de l'église. Ces activités se font donc par petit groupes intéressant toutes les tranches d'âges. Malgré leur diversité, toutes les activités on en commun de développer le thème d’une des lectures choisie dans la "liturgie de la Parole" du jour.

Ceci fait, les participants écoutent la liturgie de la Parole tout à fait de la même manière que pendant les liturgies dominicales ordinaires. Ensuite les différents groupes se réunissent et se rendent avec leurs animateurs dans leurs « ateliers » respectifs situés dans l'église ou dans des locaux mis à leur disposition dans les environs de l’église.

Chaque atelier a le temps de développer son thème d'activité et les participants peuvent s'exprimer. Ces échanges permettent de s'enrichir mutuellement. Tous regagnent ensuite l'église en respectant un horaire imparti qui permet de poursuivre la célébration dominicale là où elle a été interrompue pour les départs en ateliers.

Et si vous n'êtes pas intéressés par des ateliers remplis d'enfants et de jeunes ? Il y a des ateliers prévus pour les adultes et qui sont, entre autres, un partage sur l'Evangile du jour ou une réflexion sur une des lectures.

Et si vous n'êtes pas intéressés par une messe comprenant des activités, des ateliers, des forums de discussions ? Venez, vous êtes les bienvenus dans l'église à l'heure habituelle des célébrations eucharistiques dominicales. Un prêtre vous accueille et célèbre avec vous la liturgie de la Parole. Ensuite vous assistez à la messe avec tous les participants revenus des ateliers.

Et si vous ne désirez pas vous déplacer parce que cela risque de ne pas vous intéresser ? Venez voir avant de dire non. Venez, Venez ! Nous avons besoins de vous. Vos prières et votre présence silencieuse dans l'église sont aussi indispensables que celle des enfants et des jeunes qui chantent et qui dansent. La seule différence - et elle est de taille - est que vous vous trouvez, jeunes et moins jeunes, tous ensemble, réunis dans une église pleine de vie et de joie. Ce genre de célébration est très certainement un pas en avant vers ce que Jean-Luc concluait dans son éditorial du 4 décembre : « Puisse ce "dimanche autrement" ouvrir nos cœurs et nos esprits, et peut-être aussi nos mains. »

Ton Christ est juif…

En écoutant, comme j’en ai l’habitude quand il n’y a rien qui m’intéresse à la radio, quelques chanteurs wallons, je suis tombé sur une vieille chanson de Julos Beaucarne, qui commence ainsi :

Ton Christ est juif
Ta voiture est japonaise
Ton couscous est algérien
Ta démocratie est grecque
Ton café est brésilien
Ton chianti est italien
Et tu reproches à ton voisin d'être un étranger…

Même s’il s’agit d’évidences, il est bon de les rappeler de temps en temps, surtout en ce temps d’Avent, qui devrait être un temps d’accueil. Pourtant, le « vivre ensemble » est de plus en plus menacé ; souvent à cause de quelques-uns, mais c’est malheureusement ceux-là que l’on voit et que l’on entend.

Pour être honnête, si cette chanson m’a interpellé, c’est aussi parce qu’elle m’est revenue à peu près en même temps que les textes que la Liturgie nous propose pour ce quatrième dimanche d’Avent : Saint Matthieu, Juif qui s’adresse aux Juifs, tient absolument à prouver que Jésus est bien un des leurs ; en effet les 17 premiers versets de son Evangile, qui précèdent ceux qu’on lit ce dimanche, n’ont d’autre but que de prouver que Jésus est, par sa nature humaine, descendant d’Abraham et de David. Et si les versets suivants tentent à prouver sa nature divine par l’intervention du Saint-Esprit, sa naissance est aussi présentée comme le fruit d’une promesse faite au peuple juif, au travers des prophètes, et notamment le prophète Isaïe.

Jésus et ses disciples devaient avoir une admiration particulière pour le prophète Isaïe, car ils le citent souvent, parfois même sans autre qualification que « le prophète », comme c’est encore le cas ici : « Tout cela arriva pour que s’accomplît la parole du Seigneur prononcée par le prophète » (Mt 1, 22).

Dans ce contexte, il est intéressant de noter qu’Isaïe utilise le mot « vierge » dans un sens bien plus large que celui de « jeune fille ». Si on retient surtout la prophétie faite en présence du roi Achaz « Le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la Vierge a conçu, et elle enfantera un fils, et on lui donnera le nom d'Emmanuel » (Is 7, 14), il utilise le même mot lorsqu’il parle du peuple tout entier d’une cité, qu’il le bénisse ou le maudisse.

C’est ainsi qu’il invective les habitants de Tyr (Sidon) et de Babylone, qui ont maltraité le peuple d’Israël : « Ne bondis plus de joie : on t’a fait violence, vierge, fille de Sidon ! Lève-toi pour passer à Chypre : même là-bas, tu n’auras pas de repos » (Is 23, 12), puis : « Descends, assieds-toi dans la poussière, vierge, fille de Babylone ! Assieds-toi par terre, tu n’as plus de trône, fille des Chaldéens, car on ne t’appellera plus la délicate, la raffinée » (Is 47, 1)

Et quand il s’agit de rassurer le roi Ezéchias, face aux menaces du roi Assour, le même mot est utilisé pour désigner le peuple juif, tout entier derrière son Dieu et son roi : « Voici la parole que le Seigneur a prononcée contre lui : Elle te méprise, elle te nargue, la vierge, la fille de Sion. Elle hoche la tête pour se moquer de toi, la fille de Jérusalem. » (Is 37, 22)

Et plus loin il dira encore au peuple : « À ton pays, nul ne dira : Désolation ! […] Car le Seigneur t’a préférée, et cette terre deviendra L’Épousée. Comme un jeune homme épouse une vierge, ton Bâtisseur t’épousera. Comme la jeune mariée fait la joie de son mari, tu seras la joie de ton Dieu. » (Is 62, 4-5)

La « vierge » qui donne naissance au Sauveur sous l’action de l’Esprit-Saint, ce n’est pas seulement cette jeune fille dont on ne connaît finalement pas grand-chose ; c’est aussi tout le peuple et la terre qu’il habite. A quelques jours de Noël, allons-nous nous contenter d’attendre passivement un sauveur, ou souhaitons-nous, par nos actes, contribuer à enfanter un espoir pour l’humanité ?

« Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire… » (Jn 1, 14).

Cette phrase, bien connue, se trouve tout au début de l’Evangile de Jean, parmi les versets qui sont proposés par la Liturgie pour la messe du jour de Noël. Contrairement à St Luc et St Matthieu, qu’on lit aux autres offices de Noël, St Jean ne s’embarrasse pas de détails à propos de la naissance du « petit Jésus » à Bethléem, de sa généalogie, ou de son enfance à Nazareth. C’est quand Jean-Baptiste prêche et baptise dans le Jourdain que Jésus est cité pour la première fois par son nom d’homme : « Le lendemain, Jean vit Jésus qui venait vers lui, et il dit : Voici l'agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. » (Jn 1, 29)

Pour St Jean, il ne peut être question de « naissance » pour le « Fils de Dieu », puisqu’il est Dieu et à ce titre, il « est » de toute éternité. C’est aussi ce que nous disons dans le Credo, à propos de Jésus : « Engendré, non pas créé, de même nature que le Père … » Jésus est avant tout le « Verbe », la Parole de Dieu ; en « prenant chair » (une autre expression utilisée dans le Credo), cette Parole vient jusqu’à nous directement, sans intermédiaire. Cela aussi, nous le proclamons, surtout en période de carême, quand nous chantons « Parole éternelle du Père, Gloire à Toi, Jésus-Christ » pour acclamer l’Evangile.

Dans cette optique, Noël serait donc aussi la fête de la Parole ; une Parole divine qui fut d’abord révélée aux patriarches et aux prophètes, et qui trouve son accomplissement en Jésus lui-même. Jusqu’alors réservée aux savants et aux bien-pensants, cette « Bonne Nouvelle » est annoncée aussi aux pauvres et aux tout-petits.

Pourquoi dès lors, toutes ces fêtes autour d’une naissance – sans doute merveilleuse comme toutes les autres naissances – mais qui n’en est pas vraiment une ?

Quand Abraham rencontre l’Eternel au chêne de Mambré, ses trois visiteurs (auxquels Abraham s’adresse comme s’il n’y en avait qu’un, ce qui fait que ce texte est souvent interprété comme une préfiguration de la Sainte Trinité) arrivent on ne sait d’où et repartent on ne sait où, limitant leur passage terrestre à cet épisode. En Jésus, les choses se passent différemment : pour vivre pleinement notre condition d’homme, il a pris un corps et en a vécu toutes les étapes, de la naissance à la mort. Ce n’est donc pas seulement la naissance d’un enfant que l’on fête à Noël, mais tout le mystère de l’Incarnation….

Pourtant, même dans une optique plus théologique, construire une crèche et célébrer la venue du « petit Jésus » garde tout son sens : écrits bien après les événements relatés, les Evangiles sont une relecture de la vie de Jésus à la lumière de la Résurrection et de l’expérience des premières communautés chrétiennes ; c’est particulièrement vrai pour St Luc et St Matthieu, qui consacrent chacun deux chapitres à la « petite enfance » ; avec d’autres textes qui n’ont pas été repris dans la Liturgie, ils nous permettent de mieux connaître le personnage de Jésus, pour mieux apprécier son message. Selon l’adage « on ne peut aimer que ce que l’on connaît, on ne peut connaître que ce que l’on aime », les deux approches sont complémentaires.

Comment faire aimer aux hommes – et aux jeunes en particulier - ce Jésus dont ils ne connaissent rien ? C’est tout le paradoxe de « l’histoire sainte », que l’on n’enseigne plus guère aujourd’hui… mais cela c’est un autre débat…

Le huitième jour…

L’évangile du jour de l’an se termine par le récit de la circoncision de Jésus, au huitième jour de sa vie terrestre (Lc 2, 21). Le huitième jour est important pour un petit enfant juif, et donc pour l’Enfant-Jésus : c’est le jour où il reçoit son nom.

Longtemps, le 1er janvier était explicitement consacré à la mémoire de la circoncision de Jésus, mais le pape Paul VI a voulu y ajouter d’autres solennités. C’est ainsi que le 1er janvier est aussi, depuis 1968, la « journée mondiale de la paix » et, depuis 1974, la fête de « Marie Mère de Dieu ». Cela fait beaucoup pour un jour où l’on tente surtout de se remettre des excès de la veille, tout en se préparant à reprendre le travail après une petite pause hivernale…

Cette accumulation de nouvelles fêtes ne fait pas l’unanimité, et certains n’hésitent pas à accuser l’Eglise d’avoir voulu occulter la nature juive de Jésus ; nous n’entrerons pas dans cette polémique, même si les arguments des uns et des autres méritent d’être entendus.

Essayons plutôt de voir ce que les chiffres nous disent : le « huitième jour », dans l’histoire des Hommes, c’est après six jours de création et un jour de repos (durant lequel Dieu s’efface), le moment d’un nouveau départ. Et ce nouveau départ, c’est l’alliance avec Dieu, la première alliance, dont la circoncision d’Abraham et de ses descendants est le signe. C’est aussi un « huitième jour », premier jour après le repos de Shabbat, que les Ecritures placent la Résurrection, départ de la nouvelle alliance.

Du point de vue religieux, il ne fait aucun doute que le dimanche (premier ou huitième jour) est bien un point de départ et non une fin. Nos sociétés civiles ont préféré prendre comme base la semaine de travail, qui commence le lundi et placer le dimanche dans le « week-end », littéralement la fin de la semaine. Il est vrai, qu’en regardant son planning, il est plus confortable de voir apparaître le samedi et le dimanche en un seul bloc…

Tout ceci peut paraître futile, mais au moment d’accrocher au mur le nouveau calendrier ou de choisir les options de son agenda électronique, il est bon de se demander ce qui se cache derrière toutes ces conventions, et le sens que nous voulons leur donner. Tout comme il est bon de se rappeler que notre « ite missa est » n’est pas seulement une parole de fin, mais avant tout une parole d’envoi. Tout comme le 1er janvier n’est pas seulement la fin des réveillons, mais le début d’une nouvelle année ; une année que l’équipe de rédaction vous souhaite pleine de bonnes choses, tant matérielles que spirituelles. Heureuse année 2017 à tous nos lecteurs… et aussi à ceux qui se sentiraient une âme de rédacteur !

L'homme est fou… » (Citation anonyme)

Comme tant d’autres, vous avez peut-être reçu, par Internet, cette citation attribuée (abusivement, paraît-il) au physicien Hubert Reeves : « L'homme est fou. Il adore un Dieu invisible et détruit une nature visible, inconscient que la Nature qu'il détruit est le Dieu qu'il vénère ».

Indépendamment de la polémique sur l’authenticité et le véritable auteur de cette phrase, il faut reconnaître qu’elle s’applique particulièrement au roi Hérode, tel qu’il intervient dans l’histoire des Mages : malgré ses frasques, on peut imaginer qu’Hérode est un Juif pieux ; comme tant d’autres, il vénère un Dieu qu’il n’a jamais vu, mais il n’hésiterait pas à tuer cet enfant, né à Bethléem, sans penser que cet enfant puisse être l’incarnation du Dieu qu’il vénère… Et on pourrait sans doute en dire autant d’un grand nombre de contemporains de Jésus ; des Juifs, puisque cela se passe en Palestine, mais l’histoire n’aurait sans doute pas été très différente dans une autre civilisation.

Chercher Dieu n’est pas un exercice facile ; depuis qu’il se croit civilisé, l’homme n’a cessé d’imaginer quelque chose ou quelqu’un qui le dépasse ; d’abord pour expliquer ce qu’il ne pouvait comprendre, ensuite pour donner un sens à sa vie. Il est ainsi passé de représentations mythologiques naïves à des théologies plus intellectuelles, dont les monothéismes actuels sont l’aboutissement.

L’athée peut penser que ce passage n’est qu’une évolution normale de la pensée humaine, et que le stade suivant sera l’élimination complète de la notion de Dieu. Pour le croyant, ce passage est le fruit de la révélation : au cours des âges, Dieu se découvre progressivement. Mais tous ne « captent » pas ses messages, et tous les « prophètes » ne les interprètent pas de la même façon. Pire encore, certains voudraient imposer à tous leur propre vision, même si elle n’a de sens que dans une culture donnée…

L’évangile nous présente ici deux positions extrêmes : d’une part Hérode, le « fou » de la citation, est aveuglé par ses certitudes autant que par sa soif de pouvoir. D’autre part, les mages (qui ne furent considérés comme « rois » que plusieurs siècles plus tard), ne sont sûrs de rien, mais sont en recherche ; ils sont les vrais « sages », car Dieu ne se laissera jamais enfermer dans des clichés.

On présente souvent l’épiphanie comme la révélation de Jésus à l’ensemble du monde non-juif, et une preuve de l’universalité de sa mission. On pourrait aussi voir l’épiphanie comme la révélation de Jésus à ceux qui osent dépasser leurs certitudes et chercher des signes de Dieu là où on ne les attend pas. Comme les mages, osons être des « chercheurs de Dieu », plutôt que des arrogants qui croient l’avoir trouvé…

« Décadence »

La sortie d’un nouvel ouvrage de Michel Onfray est souvent un événement médiatique, a fortiori lorsque ce philosophe à la mode ne prédit rien de moins que la fin de la civilisation judéo-chrétienne. Si la recette est bien connue et a fait le succès de ceux qui exploitent les peurs millénaristes (ou des peurs similaires liées à des dates prétendument significatives), on peut s’étonner d’une telle démarche, de la part de celui qui reproche si volontiers aux religions de ne parler que de mort…

Sans minimiser l’érudition de l’auteur et la variété comme la qualité des sources qu’il a dû consulter, le croyant – et le Chrétien en particulier - lui, ne peut se contenter d’un tel « diagnostic », guidé uniquement par une interprétation Nietzschéenne de ses observations. Car si une des caractéristiques d’un être vivant est de mourir, il en est une autre, plus fondamentale encore, c’est celle de s’adapter, précisément pour retarder cette mort, voire d’évoluer, pour que ce qu’il engendre soit encore plus apte à survivre.

Entre pleurer un passé disparu et tenter à tout prix de restaurer ce dont une majorité ne veut plus, il y a une troisième voie. On peut ne pas être d’accord avec l’ensemble des réformes de Vatican II (ou avec ce que les successeurs de Jean XXIII en ont fait), mais il est faux d’affirmer, comme le dit Onfray, que ce concile a ramené notre foi à une « morale de boy-scout » ; on lit, encore aujourd’hui, saint Augustin et saint Thomas d’Aquin (même si personnellement, j’ai une préférence pour le premier, qui me paraît plus abordable). Certains moralistes comme saint François de Sales peuvent faire sourire, s’ils sont pris au premier degré, mais si on fait l’effort d’actualiser leur propos, quelle richesse ! Et saint Jean-Baptiste de La Salle, qui a inspiré notre saint Frère Mutien-Marie… Le Père Damien, le Père Pire (fondateur des « îles de paix ») ont, eux aussi, marqué leur époque, pas si éloignée de la nôtre... Ce ne sont là que quelques exemples que l’Eglise nous donne encore, non seulement à contempler, mais à vivre aujourd’hui. Quant à nos frères protestants, n’ont-ils pas introduit la notion de Réforme, qui n’est pas seulement un événement historique, mais aussi une obligation pour le croyant de se remettre constamment en question à la lumière des Ecritures ?

Oui, la foi chrétienne possède encore des « outils » pour évoluer et faire évoluer le monde. Bien sûr, croire en Dieu ne va plus de soi ; et même pour ceux qui chez nous cherchent Dieu, le christianisme n’est plus la seule réponse. À l’heure de la mondialisation, il serait vain de s’opposer aux « autres », mais il faut veiller à préserver la liberté de chacun et le respect mutuel ; sur cela, nous pouvons et devons être intransigeants. Dans une société plurielle, respecter l’autre est aussi être signe de la présence d’un Dieu bienveillant.

Jean le Baptiste et Jésus furent de grands réformateurs ; et pourtant, certains de leurs disciples, pensaient proche, sinon la fin des temps, du moins la fin d’une époque. Ce fut d’ailleurs le cas pour le Royaume d’Israël, qui disparut peu après ; mais même hors d’Israël, des Juifs ont continué, malgré les brimades, à témoigner de la Première Alliance conclue par Dieu avec les Hommes.

Si le message de Jésus a traversé deux millénaires, c’est parce qu’il apportait ce qui manquait à son époque, et manque encore souvent aujourd’hui : l’amour. Cet amour, qui nous est signifié en paroles, mais aussi dans les sacrements. Et le baptême de Jésus est précisément l’occasion de nous rappeler que, comme Jésus lui-même, nous sommes les « enfants chéris » de Dieu. Et cela vaut bien tous les discours philosophiques…

Pays de Zabulon et de Nephtali...

L’Évangile de ce dimanche comporte une petite particularité : le premier et le dernier versets (Mt 4, 12 et 17) semblent copiés de l’Évangile selon saint Marc (Mc 1, 14 et 15), mais entre les deux, saint Matthieu juge bon d'insérer une référence à l'Ancien Testament. Ce n'est pas le seul endroit, et les exégètes n'ont pas manqué de le remarquer, avec parfois des conclusions différentes.

Zabulon et Nephtali sont les noms de deux des douze tribus d'Israël ; le « pays de Zabulon » est un petit territoire montagneux où se trouve Nazareth ; le « pays de Nephtali », où se trouve la ville de Kfar Nahum est au bord de la « Mer » de Gallilée. Ces territoires avaient été conquis environ 700 ans plus tôt par le roi d'Assyrie ; leurs habitants avaient été déportés et partiellement remplacés par des « païens ». Il fallait bien cette référence antique pour rendre crédible le fait que le Sauveur promis à Israël puisse provenir de Nazareth et habiter Kfar Nahum.

Mais saint Matthieu va plus loin encore dans sa démonstration : en prêchant dans les anciens territoires de Zabulon et Nephtali, Jésus ne ferait rien de moins qu'accomplir une prophétie d'Isaïe. Faut-il en conclure que saint Matthieu apporte ici la « preuve » que Jésus est bien le Messie ?

L’Évangile de Matthieu s'adresse aux premières communautés chrétiennes d'Israël, qui doivent sans cesse justifier auprès des « vrais Juifs » que leur foi n'est pas contraire à la tradition reçue des prophètes ; à ce titre, les analogies développées par saint Matthieu constituent une véritable « boîte à outils » pour les premiers Chrétiens. Mais, comme le souligne Robert J. Miller (Professeur de théologie au « Juniata College », en Pennsylvanie, États-Unis), mettre en rapport des actes de Jésus avec des paroles de prophètes ne constitue une « preuve » qu'aux yeux de ceux qui croient déjà que Jésus est le Messie attendu. Pour les Juifs traditionnels, ces coïncidences n'apportent pas la preuve que Jésus est le Messie qu'ils attendent.

Durant deux millénaires, l’Église s'est accrochée à ces « preuves », fustigeant la « dureté de cœur » des Juifs qui ne voulaient pas se convertir à la nouvelle religion. Nous n'en sommes heureusement plus là (la « prière pour les Juifs » du Vendredi-saint ne parle plus de « Juifs perfides » depuis 1962, ni de leur « aveuglement », depuis 2008), mais dans une société plurielle, il est important de rappeler régulièrement que croire est un choix personnel, et qu'une religion ne devrait pas se chercher des « preuves », et encore moins tenter de les imposer aux croyants d'autres religions, en particulier lorsque ces preuves s'appuient sur les textes sacrés de ces derniers... Sommes-nous heureux d'être traités de mécréants – comme le disent certains Musulmans - parce que nous ne voyons pas, dans le discours de Jésus sur le Paraclet (Jn 14), l'annonce du Prophète Mohamed ?

Il reste que pour de nombreux Chrétiens, l'Ancien et le Nouveau Testament sont indissociables. Et si Jésus vient « accomplir les Écritures », ce n'est pas seulement par des actes ou des paroles annoncés par les Prophètes, mais par le sens nouveau qu'il leur donne, à la lumière de l'amour que Dieu a pour les Hommes.

« Saint d'nos payîs, nos voulons vos fé fièsse, èt chûr èl voye qui vos avèz moustré... »

Ce refrain de l'hymne à saint Eloi, que l'on chante chaque premier décembre à Notre Dame de Heigne, les Mellettois le feraient bien leur en ce dernier week-end de janvier. Qui d'autre en effet que Louis-Joseph Wiaux, aujourd’hui connu comme saint Mutien-Marie, mérite mieux ici ce qualificatif ?

Car c'est le 30 janvier 1917 que le frère Mutien-Marie... Non, ce n'est pas un oubli, je ne trouve pas le verbe exact pour terminer cette phrase. Aucun des euphémismes habituellement utilisés pour exprimer la mort d'un être cher ne s'applique ici. « Quittait les siens » ? Il est toujours là dans le cœur de ceux qui le prient. « S'éteignait » ? Il n'a jamais autant brillé que depuis ce jour...

Ce qui, pour beaucoup d'entre nous est une « triste nouvelle » devait être, de l'avis même de l'intéressé, le plus beau jour de sa vie ; pas seulement un jour de délivrance, comme peuvent l'attendre ceux qui sont en proie à de grandes souffrances, mais un jour de joie intense, celui d'une rencontre qu'il avait préparée durant de longues années avec foi et patience.

Ce 30 janvier (que nous célébrons cette année le 29 pour des raisons de calendrier), nous fêterons donc le centenaire de la rencontre du frère Mutien-Marie, avec le Père, à l'issue d'une vie terrestre bien remplie. L'expression « vie bien remplie » pourrait paraître ici ironique, car le frère Mutien-Marie n'a pas laissé derrière lui de grandes réalisations au sens où on l'entend habituellement : aucun succès médiatique, aucune invention, aucune œuvre d'art, pas même un livre à ranger précieusement dans une bibliothèque ; son chef-d’œuvre à lui, c'est la persévérance dans la prière, l'écoute et le service.

Le saint frère Mutien-Marie est un personnage à contre-courant de notre époque : il n'a pas cherché à se faire valoir, il ne s'est pas révolté, mais il ne s'est pas non plus replié sur lui-même : en toutes circonstances, il a fait ce qu'il pensait être son devoir envers ses confrères et ses élèves, trouvant sa force dans la prière. Et aujourd'hui encore, de nombreux fidèles croient qu'il continue, plus que jamais, à prier à leurs côtés.

On peut s'étonner du contraste avec le saint patron « historique » de Mellet, saint Martin, connu pour la vigueur de ses campagnes de conversion ; c'était, il est vrai, une autre époque... Et pourtant, on aurait tort de considérer saint Mutien-Marie comme un « doux »: il faut parfois plus de force de caractère pour rester serein et droit dans sa mission, que pour se fâcher ou poser des actes spectaculaires.

Si l'Eglise a raison d'honorer des hommes d'action (le Père Damien est l'un d'entre eux), nos contemporains sont aussi en demande de sérénité ; c'est sans doute ce que cherchent ceux qui se tournent vers les spiritualités orientales, en quête de « zenitude ». S'asseoir et prier avec saint Mutien-Marie, le temps d'un chapelet, d'une oraison improvisée, ou d'un moment de silence, voilà un bon remède à bien des maux de notre temps.

Et à ceux qui souffrent de ne pas avoir, de leur vivant, la reconnaissance qu'ils croient mériter, saint Mutien-Marie peut rappeler que, s’il n'a pas eu son « quart d'heure de gloire », il brille désormais pour l'éternité.

Sel de la terre, lumière du monde

L’évangile de ce dimanche étonne une fois de plus par sa simplicité. Pas d’anecdote où l’on pourrait trouver un « bon » et un « méchant », pas de règle morale, pas de grand précepte théologique. Juste deux affirmations, qui disent finalement la même chose : « Vous êtes le sel de la terre » (Mt 5, 13) et « Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 14).

Hors contexte, on peut y voir une invitation aux disciples, puis à tous les Chrétiens, d’être signes, par leurs actes, de la bonté du Père. En même temps, voilà de quoi rassurer ceux qui trouvent qu’il y a de moins en moins de fidèles aux assemblées dominicales, de moins en moins de personnes ou d’organisations qui revendiquent leur identité chrétienne, etc. De l’avis même du Seigneur, il suffit de quelques-uns pour tout changer. Ceux qui scrutent le ciel à la recherche des étoiles savent bien qu’il suffit d’un peu de lumière pour que la nuit ne soit plus tout à fait noire ; quant au sel, on sait qu’il en faut peu pour modifier le goût d’un aliment….

Mais on peut aussi remarquer que ce passage suit, dans l’Evangile de Matthieu, le récit des béatitudes, et en particulier la dernière : « Heureux serez-vous si l'on vous insulte, si l'on vous persécute et si l'on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. » (Mt 5, 11). Comme les Evangiles sont avant tout destinés aux premières communautés chrétiennes, le message prend ici un autre sens : les insultes, les persécutions, les faux témoignages, ce n’est pas de la théorie, c’est pour certaines communautés, une dure réalité. En rapprochant les deux idées, le rédacteur de l’Evangile de Matthieu dit clairement, à ceux qui seraient tentés de céder aux menaces, « tenez bon, ne diminuez pas votre ardeur, ne vous cachez pas… ».

Ce message a été pleinement reçu par un grand nombre de saints des premiers siècles ; et parmi ceux-ci, il y a quelques femmes, « vierges et martyres ». Entre la vie chrétienne et un mariage avec un homme riche et influent, elles ont choisi… et payé de leur vie ce choix incompréhensible dans une société où tout s’achète ! En suivant à la lettre le message caché dans cet Evangile, elles ne se sont pas « affadies », elles ont continué à briller, malgré les insultes et les sévices corporels.

Parmi ces femmes, nous connaissons très bien sainte Barbe et sainte Cécile (peut-être plus pour les réjouissances dont leurs fêtes font l’objet que pour leur sacrifice), un peu moins sainte Lucie et sainte Agnès, encore moins sainte Agathe, que nous fêtons pourtant ce 5 février. Les légendes qui ont popularisé ces saintes des premiers siècles semblent toutes construites sur le même modèle : une jeune fille qui découvre la foi chrétienne et veut y consacrer sa vie entière ; un riche païen qui la convoite pour sa beauté, méprise sa foi et n’accepte pas qu’elle se refuse à lui ; une escalade de mauvais traitements : enfermement, humiliations, tortures, mutilations, puis mise à mort, parfois même avec la complicité du propre père de la victime !

Le récit de telles horreurs devrait nous inspirer, outre le dégoût, une certaine incrédulité ; et pourtant, l’actualité nous rappelle régulièrement, qu’en ce monde, l’homme est capable de tout, et pire encore. Mais c’est ce monde que chacun, dans la mesure de ses possibilités, est appelé à éclairer et à rendre plus savoureux…

Toute vie est une histoire sacrée

Extraits de l'homélie prononcée à l'occasion du centenaire de la mort de saint Mutien-Marie.

Comment discerner les Signes que nous donne à vivre l’Esprit de Sainteté ? Vaste question qui implique nécessairement de notre part l‘honnêteté d’un constat réel concernant la vie de nos contemporains. Sans cette approche, nous risquons de rester à des processus intellectuels ou spirituels, non adaptés, voire dépassés ou superficiels.

II me semble que c’est à l’écoute des hommes et des femmes de notre temps, dans le concret de leurs existences, que nous pourrons voir avec justesse comment Dieu nous parle et demeure avec nous, en nous.

J’ai relevé quelques indices qui signalent la vie moderne : je l’ai fait sans jugements, sans volonté d’opposition à d’autres systèmes, sans lamentations, ni regrets du passé... ceci reste bien sûr incomplet.

Nous vivons dans une société qui avance vite dans sa recherche en tous genres, qui donne à vivre autrement et propose à l’humain des facilités de vie. Nos mentalités sont d’ordre matérialiste, privilégiant des valeurs telles que le statut, la compétition, la possession. Sachant que toutes les sociétés humaines, dans leurs histoires, ont herbagé et nourri ses valeurs.

Nous sommes souvent attirés par des environnements réels ou virtuels séduisants, faciles et tapageurs ; c’est la possibilité du tout, tout de suite. Les émotions et les réflexions sont à la portée d’écran et de clic. Nos sociétés sont aussi marquées par l’obsession de la rentabilité, aussi du tout à l’ego : on aime se photographier et diffuser son image et ses exploits.

Le point de départ est donc bien d’être à l’écoute des respirations des humains de notre temps.

La question cruciale, pour nous qui vivons ici et maintenant, est donc de savoir ce qui est nécessaire à l’épanouissement de la vie, comment librement et sans contraintes nous pouvons, avec d’autres, « être » et nous révéler avec le plus précieux de nous-mêmes.

Ce devenir chrétien dans sa liberté d’aller, de voir et de se signifier dans son humanité et sa sacralité, - indissociables et une - nous invite à la connaissance de Celui qui est la source de celle-ci, Jésus le Christ. Et pour cela, à vivre une expérience personnelle d’une rencontre intime, intense et unique avec Celui qui demeure en nous.

C’est à partir de là, que le « devenir » chrétien, s’inscrira dans le domaine d’une communauté de vie respectueuse, signifiant le Bonheur, le vrai, celui qui brûle nos cœurs d’Amour.

Permettez-moi, de mettre l’accent, sur le fait que la connaissance du Dieu révélé en Jésus le Christ prend sa source dans sa Parole, c’est-à-dire les Ecritures Saintes et tout particulièrement les Evangiles. Saint Jérôme disait: « Ignorer les Ecritures, c’est ignorer le Christ ».

Afin de savoir lire les signes de l’Esprit de Sainteté pour notre temps, il est crucial de se laisser interpeller par l’esprit des écritures, de devenir toujours et davantage profond dans le souffle du Christ, pour donner la qualité, l’inspiration et l’élévation à la personne humaine et à nos efforts s’agissant de la pastorale. Toute vie est une histoire sacrée…

(Abbé Jean-Bernard Bronchart)

"Soyez donc parfaits comme votre Père céleste est parfait" (Mt 5, 48)

Avec le chapitre 5 de l'évangile selon saint Matthieu, commence l'exposé de ce que l'on serait tenté d’appeler la "morale chrétienne". Mais plus qu'un code éthique ou juridique, on devrait y voir un "programme", le projet de Jésus pour une humanité idéale.

« Idéale » est bien le mot, car il n’est pas seulement question de faire le bien plutôt que le mal, comme si ce qui est bien ou mal était défini une fois pour toutes. Bien sûr il y a quelques principes de base, comme le respect de la vie, qui sont a priori universels ; mais même ceux-là font débat, dès que l’on sort du cadre théorique pour les appliquer à des cas concrets, à la limite de notre capacité de juger. Les « questions éthiques », qui agitent régulièrement nos parlements, en sont une belle illustration. Jésus ne prend pas vraiment position sur les règles de vie en société telles qu’elles sont, mais il demande d’aller plus loin : plus loin dans l’effort personnel, plus loin dans le « non-jugement » de l’autre, plus loin dans la « charité ». C’est cela, tendre vers la perfection du Père.

De telles règles ne sont pas vraiment populaires dans notre société « postchrétienne » et ne devaient sans doute pas être plus populaires dans l’empire romain décadent qu’ont connu les communautés chrétiennes aux deuxième et troisième siècles : on cherche aujourd’hui la reconnaissance immédiate de ses moindres mérites, on est plus prompt à juger qu’à se remettre en question, et le « chacun pour soi » se justifie en rendant l’autre responsable de ses propres malheurs…
Vouloir en faire plus, ce n’est pas s’imposer à l’autre, comme dans ce vieux gag où le petit scout, pressé de faire sa « B.A. » quotidienne, fait traverser de force une vieille dame qui n’a aucune envie de se retrouver de l’autre côté de la rue… C’est au contraire être attentif aux vrais besoins de l’autre, qu’il n’ose peut-être pas exprimer entièrement. Je me souviens d’un livre (plus exactement de quelques bribes de l’histoire, car je ne me souviens plus du titre ni de l’auteur), dont le héros (non juif) avait épousé une juive et avait du mal à interpréter les « signaux » de la famille ; ainsi, quand sa belle-mère lui avait demandé de lui appeler un taxi, il n’avait pas compris qu’elle souhaitait que son gendre la ramène chez elle…

Dans la « logique du surplus », qui est celle de Jésus, il ne s’agit donc pas d’en faire plus pour ajouter à sa propre gloire (ou plus modestement à sa propre satisfaction), mais pour répondre aux besoins les uns des autres (cette réciprocité est importante : « l’autre » n’est pas un concept abstrait : chacun de nous est l’autre… de tous les autres !) ; et avant de répondre, il faut écouter…

Une société où l’on s’écoute sans se juger, où l’on vit une réelle solidarité qui ne soit pas basée sur des « droits » et des « devoirs », où les conflits se règlent à l’amiable, voilà le projet de Jésus pour tous les hommes… pas uniquement pour les Bisounours ou les Bonobos.

N'vos zè fièz nén, ça va d'allér...

Jésus est un esthète et un optimiste : il nous invite à observer la nature, afin de voir comme elle est belle, et comment son Créateur pourvoit à son fonctionnement harmonieux ; en même temps, il nous invite à dépasser une admiration bien légitime pour réfléchir à notre manière de vouloir gérer cette nature, pour produire et stocker toujours plus.

Prises au pied de la lettre, ces déclarations vont à l'encontre des principes d'une société dont le développement est basé sur celui de l'agriculture. Nourrir une population de plus en plus grande et permettre sa survie en période de « vaches maigres » est depuis très longtemps un problème majeur pour l'humanité, et n'est pas encore résolu partout dans le monde. Même si de nos jours, c'est plus souvent une question de répartition que de réelle pénurie, de nombreuses populations en souffrent...

Quand Jésus se fait aussi provocateur, c'est souvent pour nous interpeller ; ce n'est pas tant le fait de travailler pour se nourrir et se vêtir qui lui pose problème, mais le fait que ces activités « utiles » nous détournent de ce qui devrait être notre premier but de recherche, le Royaume. Celui qui nous attend « après » (pour ceux qui y croient et qui auront la chance d'y être admis), mais aussi celui que nous pouvons bâtir ici et maintenant. Les deux ne sont pas incompatibles, et dans une société sécularisée, où la foi ne va plus de soi, on pourrait presque dire que le second est nécessaire pour rendre crédible le premier.

A son époque, saint Augustin fustigeait le « mangeons et buvons, puisque nous mourrons » des Épicuriens, qui « mettent le bonheur dans les plaisirs du corps », mais il n'approuvait pas non plus les Stoïciens « qui mettent le bonheur dans la vertu de l'âme », car tous les deux sont tournés vers eux-mêmes. Pour saint Augustin, ce qui fait le bonheur de l'homme, c'est la « grâce de Dieu » ; la source de notre bonheur n'est pas dans la satisfaction du corps ni dans celle de l'âme, mais dans Celui à qui nous devons ces satisfactions. C'est pour cela que nous devons, à l'invitation de Jésus lui-même, admirer (et respecter) cette Nature par laquelle le Créateur nous fournit de quoi manger, boire, se vêtir, se soigner, se protéger.

Puisque nous ne sommes que de passage, saint Augustin proposait, en réponse aux Épicuriens, une autre formule : « jeûnons et prions, puisque nous mourrons », à priori plus proche de la vue des stoïciens, mais qu'il s'empressait de corriger en « donnons et prions, puisque nous mourrons ». Pour le Chrétien, il importe moins de se sacrifier que d'en faire profiter les autres : un jeûne qui ne sert que l'autosatisfaction de son auteur a peu de valeur aux yeux de Dieu, mais s'il profite, dès ici-bas, à autrui, il contribue à la construction du Royaume.

A l’approche du carême, que l’Église a de plus en plus de mal à proposer (on ne dit plus aujourd'hui « imposer »), de tels propos interpellent ; si le carême n’est plus suivi, c’est souvent parce que nous n’en voyons plus toujours le sens. Et pourtant, les initiatives (non religieuses, leurs promoteurs s’en défendent explicitement) en faveur de « jours sans » se multiplient. Mais, au-delà du sentiment d’appartenance (souvent illusoire, à la manière des réseaux sociaux) qu’elles créent, à qui profitent-elles vraiment ?

« Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne... » (Mt 4, 5)

Points de rencontre entre le ciel et la terre, les montagnes jouent un rôle important dans de nombreuses religions. Les dieux grecs habitent le mont Olympe ; c'est sur une montagne que Yahvé met Abraham à l'épreuve et donne à Moïse les tables de la Loi ; c'est sur une « montagne », ou du moins un « mont », que Jésus prononce les béatitudes, est transfiguré devant ses Apôtres, est crucifié...

On ne s'étonnera donc pas qu'au début de sa vie publique, c'est sur une montagne que Jésus se retrouve pour y subir la tentation du pouvoir temporel, symbolisée par la vision de « tous les royaumes du monde et leur gloire ». Ce pouvoir temporel est assorti d’une condition « si tu te prosternes devant moi. » (Mt 4, 9)

Cette condition semble, a priori, bien légère, surtout pour celui qui a dit « qui s’abaisse sera élevé » (Mt 23, 12 ; Lc 14, 11) ; mais ce qui est proposé ici n’est pas une simple démarche d’humilité, ni même la soumission d’un homme à un autre homme : il s’agit d’écarter l’homme-Jésus de sa mission, de l’empêcher d’être comme les hommes, parmi les hommes.

Il est heureux que la nouvelle traduction liturgique soit revenue au mot « diable » et non « démon ». Car le tentateur ici n’est pas juste le (bon ou mauvais) génie distributeur de promesses, mais bien ce qui divise, sépare, écarte… Combien de puissants n’ont pas construit leur pouvoir sur la division ? Si on attribue parfois à l’un ou l’autre empereur romain l’adage « diviser pour régner », il était déjà bien connu des grecs, et fut utilisé à toutes les époques.

La langue ne manque pas d’expressions qui associent le mal que l’on fait aux autres à une forme d’abaissement : bassesse, coup bas, instincts les plus bas… Quand nous nous comportons ainsi, nous acceptons de nous « prosterner devant le diable », quelle que soit l’image que ce dernier évoque pour nous.

En ce début de carême, nous sommes invités à « prendre de la hauteur », non pour dominer ou mépriser le monde, mais pour prendre nos distances vis-à-vis de toutes les tentations et compromissions qui s’offrent à nous. « Prendre de la hauteur », c’est aussi dépasser nos soucis quotidiens pour voir ceux du monde et viser l’intérêt général.

Les soucis du monde, l’intérêt général, les campagnes d’Entraide et Fraternité (que l’on appelait il y a bien longtemps « Carême de partage »), ne manqueront pas de nous les rappeler ; mais n’oublions pas qu’une partie du tiers et du quart monde est ici, à notre porte, et que l’exclusion n’est pas seulement économique. Manger à sa faim n’empêche pas d’être victime de discriminations diverses, voire d’être l’objet de marchandages peu reluisants.

« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis tout mon amour ; écoutez-le ! » (Mt 17, 5)

Nous ne sommes qu’au deuxième dimanche de carême, et les lectures du jour (du moins l’épître et l’évangile) ont déjà un petit air de Pâques ; tous les éléments du décor sont là : la montagne, le vêtement blanc, la lumière, la gloire du Christ et même l’annonce de sa résurrection. Tout semble dit ; il ne reste plus qu’à aller cacher les œufs en chocolat (dont les magasins regorgent déjà) et chauffer le four pour le gigot qui dort dans les entrepôts frigorifiques… Qu’attendons-nous encore ?

On sait depuis longtemps que le chemin vers Pâques n’est pas un feuilleton à suspense, dont les rebondissements devraient nous tenir en haleine durant six semaines, mais un cheminement intérieur. Si Jésus recommande aux Apôtres de ne rien dire de ce qu’ils ont vu sur le mont Thabor (lieu présumé de la transfiguration), ce n’est pas pour les lier par un secret, mais pour leur donner le temps de l’assimiler ; l’histoire montre d’ailleurs qu’ils n’ont rien compris sur le moment, et si certaines allusions à la résurrection apparaissent aussi explicitement dans les textes, c’est parce qu’ils ont été écrits bien longtemps après.

Aujourd’hui encore, malgré le recul, le récit de la transfiguration reste difficile pour bon nombre d’entre nous. Heureusement, il a été abondamment commenté par les Pères de l’Eglise, puis par ceux qui ont analysé leurs sermons. Les deux personnages bibliques qui entourent Jésus représentent la Loi (Moïse) et les Prophètes (Elie). En apparaissant ainsi entre deux symboles majeurs de la Première Alliance, Jésus affirme son lien avec le Dieu d’Israël, lien qui nous est rappelé une fois de plus par la Voix sortant de la « nuée lumineuse ».

Pour saint Augustin, cette nuée unique semble être la réponse à la proposition de Pierre de construire trois tentes : Dieu n’en veut qu’une seule, qui englobe tous les croyants ; c’est pourquoi saint Augustin y voit une allusion à l’Eglise, « une, sainte, catholique et apostolique », comme on dit dans le crédo ; la blancheur du vêtement de Jésus serait le symbole de la sainteté et de la pureté et de l’Eglise…

On notera au passage quelques particularités du vocabulaire utilisé :

- La « nuée lumineuse », c’est aussi celle qui, tout au long de l’Exode, a guidé le peuple hébreu dans le désert ; cette nuée, qui « était à la fois ténèbres et lumière » (Ex 14, 20), a protégé les Juifs de l’armée de Pharaon.
- Et cette nuée lumineuse « couvre les disciples de son ombre » ; cette expression, qui est aussi un des euphémismes bibliques pour désigner l’acte procréateur, n’est pas sans rappeler l’annonce faite à Marie « L'Esprit-Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre » (Lc 1, 35). Si l’on veut faire le rapprochement avec l’Eglise, on pourrait dire que la Transfiguration, ce n’est pas encore la naissance de l’Eglise, mais déjà sa conception.

En ce temps de carême, nous revivons donc un peu la gestation de l’Eglise ; pas nécessairement l’institution qui trop souvent s’est divisée au lieu de s’unir, mais le Royaume voulu par Jésus, que chaque Eglise, chaque communauté, tente de préfigurer.

Sur ce chemin vers le Royaume, chacun peut avancer à son rythme ; peu importe là où on arrive, pour autant que l’on progresse. S’il nous est proposé chaque année, c’est pour que l’on puisse le reprendre là où on l’avait quitté, un peu comme ceux qui « font » le chemin de Compostelle par petits bouts, en plusieurs années….

« Va, appelle ton mari et reviens » (Jn 4, 16)

Le récit de l’exode (Ex 17, 3-7) nous présente un peuple hébreu au bord de l’anéantissement, tandis que l’Evangile (Jn 4, 5-42) nous présente Jésus dans un état assez semblable, fatigué, épuisé, assoiffé sous un soleil de plomb (la sixième heure pour les Juifs correspond à midi). Des situations, somme toute assez banales, dans des régions désertiques. Mais comme souvent chez Jean, il s’agit d’un texte bien construit, où chaque mot a son poids de symboles.

Si la Liturgie avait retenu les quatre premiers versets de ce chapitre, nous saurions que Jésus n’est pas là par hasard ; il commence à se méfier des Pharisiens. Sans doute se méfie-t-il aussi de certains membres des autres courants, mais à l’époque où ces textes ont été mis par écrit, les Pharisiens sont les derniers représentants du judaïsme traditionnel. Et si Jésus est dans le collimateur des chefs religieux, c’est parce que le nombre de ses disciples grandit. Cette étape de Jésus en Samarie peut donc être vue comme une première ouverture du Christianisme naissant vers les « non-Juifs », que cette pauvre femme représente à elle seule. Et pourtant, ce n’est pas un Christ triomphant qui s’impose à elle, mais déjà un Christ souffrant, qui vient quémander un peu d’eau, essentielle à sa survie. Cette faiblesse et cette humilité, qui ont manqué à l’Eglise au cours des derniers siècles, nous les retrouvons avec le Pape François, mais le chemin reste long…

La rencontre se passe à la sixième heure ; on imagine sans peine qu’il devait faire chaud et « soif », mais ce n’est sans doute pas la seule raison : la sixième heure fait penser au sixième jour, celui où Dieu créa l’homme. En Jésus, nouvel Adam, c’est une nouvelle création qui se réalise.
La symbolique de l’eau sera sans doute au cœur de nombreuses homélies, en particulier dans les églises où des catéchumènes célèbrent leur « 1er scrutin » en vue du baptême qu’ils recevront durant la veillée pascale. Cette eau grâce à laquelle « on n’a plus jamais soif », symbolise l’ensemble des dons de l’Esprit. Personnellement, je n’aime pas trop cette image d’une eau qui étancherait à jamais notre soif ; au contraire, cette découverte de la « saveur évangélique », si elle devait apaiser quelque peu notre soif de biens terrestres, devrait surtout aiguiser notre soif de connaissances spirituelles…

Mais le symbole le plus riche et le moins apparent est sans doute celui des cinq maris, plus celui qui n’en est pas un… Une lecture rapide et bien-pensante n’y verrait rien de plus qu’une allusion au « péché » d’adultère, mais saint Augustin ne s’y trompe pas ; on peut penser, dit-il d’abord, que les cinq maris sont les cinq livres de la Torah (notre « Pentateuque ») ; ils la guidaient, elle leur était soumise, mais cette soumission l’a laissée insatisfaite ; elle cherche « autre chose » et hésite à s’engager.

Saint Augustin va encore plus loin et suggère d’y voir tout simplement nos cinq sens, par lesquels nous appréhendons le monde matériel ; jusqu’à sa rencontre avec Jésus, la Samaritaine agissait selon sa perception du monde, guidée par ses sens comme par autant de maris. En élevant cette histoire d’eau bien au-delà d’un simple échange de produits indispensables à la vie terrestre, Jésus pousse la femme à réfléchir à Celui qui devrait être son vrai « mari »…

Lætare

Le quatrième dimanche du carême (et non « de carême », puisqu’il n’est pas question de « faire carême » le dimanche) est toujours un peu particulier : dans les églises, le violet des ornements fait place au rose (du moins là où des ornements de cette couleur sont disponibles), et en dehors, de nombreuses villes célèbrent leur carnaval. C’est temps de la « mi-carême », appelé aussi « Lætare », qui signifie « soyez dans la joie ». Pour certains, c’est la joie d’être arrivé à la moitié de l’effort que constituent les privations du carême (pour autant que de nos jours, le carême soit encore synonyme de privations), pour d’autres, c’est déjà la préfiguration de la joie pascale, qui nous attend dans trois semaines.

Lors de la formation des EAP, qui s’est donnée samedi dernier, il a beaucoup été question d’une phrase « Le temps est supérieur à l'espace », qui est le premier des quatre principes fondamentaux du Pape François pour créer une communauté de paix (les trois autres sont respectivement « L'unité prévaut sur le conflit », « La réalité est plus importante que l'idée » et « Le tout est supérieur à la partie »). Ceci est particulièrement important au moment où se mettent en place nos Conseils Pastoraux, mais aurait peu de rapport avec la fête du jour, si ces principes n’étaient proposés dans une encyclique intitulée « Evangelii Gaudium », que l’on peut traduite par « Joie de l’Evangile ».

L’Eglise utilise en effet trois mots latins différents pour dire le mot « joie » : même s’il s’agit toujours de la même joie, il y a plusieurs manières de l’exprimer.

« Gaudium », c’est la joie intérieure, mais qu’on ne montre pas. C’est aussi ce feu qui nous « brûle le cœur », parfois à notre insu, et qui fait dire aux disciples d’Emmaüs « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route, et qu’il nous faisait comprendre les Écritures ? » (Lc 24, 32)

« Exultatio », c’est au contraire la joie qui nous fait bondir et crier, le jour de Pâques, « oui, il est vraiment ressuscité ». Ce n’est pas pour rien que le chant d’ouverture de la veillée pascale s’intitule « Exultet ». Bien sûr, il y aura toujours des esprits chagrins pour trouver que ce classique du chant grégorien ne les incite pas vraiment à bondir de joie, mais il faut le remettre dans le contexte d’une époque où la réserve était de rigueur dans les célébrations…

« Lætitia », que l’on peut aussi traduire par « réjouissance », c’est un peu le juste milieu. La joie qui se devine, se montre parfois, mais ne s’impose pas avec force et fracas. La joie à laquelle devraient nous conduire toutes nos célébrations, et toute notre vie de Chrétiens…
La Lætare, c’est aussi l’occasion de nous rappeler, avant de reprendre notre carême (mais aussi en d’autres circonstances), l’avant-dernier verset de l’Evangile du Mercredi des Cendres : « Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ; » (Mt 6, 17).

Trop de Chrétiens portent leur foi et leurs pratiques comme un fardeau, et non comme un plaisir, une délivrance. Comment communiquer notre joie d’être chrétiens, si nous ne vivons pas nous-mêmes cette joie ? Sommes-nous si différents des protagonistes de l’histoire de l’aveugle-né (Jn 9, 1-41), qui se perdent en vaines querelles à propos du Shabbat au lieu de se réjouir avec celui qui a reçu la vue comme don de Dieu lui-même ?

Lazare et les trois morts.

Lecture classique des funérailles, mais parfois aussi des célébrations de la réconciliation, la résurrection de Lazare est un des récits évangéliques les plus connus. Message d’espérance par le « miracle » de Jésus, message de libération par le fameux « déliez-le et laissez-le aller » (Jn 11, 44), mais aussi acte de foi par le dialogue entre Jésus et les deux sœurs, il a bien sa place dans la préparation de Pâques.

Dans son sermon que nous avions déjà évoqué en 2014 (durant la précédente « année A »), saint Augustin en profite pour nous livrer quelques considérations sur la mort. Pas la mort biologique, dont la religion ne serait, aux dires de nombreux philosophes athées, qu’un illusoire cache-misère, mais la mort de l’âme, que chacun peut ressentir au plus profond de lui-même, quelles que soient ses convictions. Ne dit-on pas, lorsqu’on est obligé d’agir contre ses propres valeurs, qu’on le fait « la mort dans l’âme » ?

La mort de l’âme, c’est le « péché », c’est-à-dire l’acceptation du mal. Saint-Augustin voit trois niveaux d’acceptation du mal, symbolisés par trois récits évangéliques de mort et de résurrection : la petite fille de Jaïre (Lc 8, Mc 5, Mt 9), le fils de la veuve de Naïm (Lc 7), et Lazare (Jn 11).

La petite fille de Jaïre est encore étendue dans sa demeure ; aux dires de Jésus, il n’est pas certain qu’elle soit vraiment morte, mais elle l’est aux yeux des hommes. Le fils de la veuve est déjà emmené hors de la ville, sur le chemin dont on ne revient pas. Lazare est mort et enterré ; une grosse pierre le sépare de ceux qui ne veulent plus le voir et encore moins le sentir.

La « mort » qui frappe la petite fille de Jaïre, serait celle qui reste à l’intérieur ; ce serait l’acceptation de l’idée du mal plus que du mal lui-même ; ce serait le péché en pensée ou par omission, mais qui ne s’exprime pas par des actes mauvais. La « mort » qui frappe le fils de la veuve, ce serait le mal accepté et commis, la « mauvaise pente ». Quant à celle qui frappe Lazare, la « mort qui pue », elle serait le résultat de toutes les mauvaises habitudes, le mal répété au point de paraître « normal ». Mais toutes ces « morts » ont en commun que Jésus peut les vaincre, avec plus ou moins de force : la première, Jésus se contente de la nier (« L’enfant n’est pas morte, elle dort » (Mc 5, 39)) ; à la seconde, Jésus « ordonne » au jeune homme de se réveiller (Lc 7, 14), puis « il le rendit à sa mère » (Lc 7, 15) ; symbole de la troisième « mort », Lazare n’est pas seulement appelé hors du tombeau, il est aussi appelé à être « délié » (« Déliez-le et laissez-le aller » (Jn 11, 44)) ; libéré de ses mauvaises habitudes, dit saint Augustin…

Le message central de saint Augustin dans son sermon est que chacun examine son âme, et voie, à la lumière de son commentaire, quelle « mort » l’affecte. Si on s’en tient là, c’est très moralisateur et culpabilisant. Et regardant de plus près, ces « morts » ne sont jamais définitives que pour la « foule ». Jésus ne s’émeut pas de la première, est « remué aux entrailles » par la deuxième, et pleure à l’annonce de la troisième ; toutes ne le font pas souffrir de la même manière, mais chaque fois son regard porte plus loin que la mort et débouche sur une nouvelle vie…

Croire que ceux dont l’âme paraît morte sont capables d’une nouvelle vie, c’est-à-dire d’une attitude nouvelle face au mal, n’est-ce pas un exemple que les Chrétiens devraient montrer aux hommes, un signe visible de la miséricorde du Père et de la résurrection qu’ils proclament ?

« Qu’est-ce que la Vérité ? » (Jn 18, 38)

Cette question, posée par Ponce Pilate à Jésus, nous plonge au cœur du mystère pascal. Et si l’Evangéliste ne donne pas la réponse, c’est peut-être parce que c’est à nous qu’il la pose. Le dialogue entamé par Jésus et Pilate ne leur appartient déjà plus : après cette question, Pilate sort, sans attendre une réponse que Jésus ne fournit pas ; un parfait dialogue de sourds !

Sur base de récits plus ou moins romancés, certaines traditions chrétiennes (notamment orientales) considèrent Pilate comme un saint, alors que d’autres le considèrent comme un lâche, voire un traître. De tous les protagonistes de la Passion, c’est sans doute lui le plus perplexe, celui qui est le plus mis au défi dans ses choix : suivre sa hiérarchie ou le peuple en colère ? Faire son travail de procurateur, ou éviter une scène de ménage ? Ecouter sa conscience, ou se mettre du côté de ceux qui crient le plus fort ?

Le malaise de Pilate, exprimé dans cette question sans réponse, certains d’entre nous le ressentent durant les fêtes pascales. C’est peut-être pour cela que Noël reste plus populaire que Pâques, notamment chez ceux dont les références chrétiennes se font de plus en plus lointaines, au fur et à mesure des générations… ou des années.

Il ne faut pas être très religieux pour s’émouvoir devant un enfant au berceau, surtout quand on dit que cet enfant apporte la paix au monde. Certains détails font sourire les plus sceptiques, mais cela reste une belle histoire ; après tout, accueillir un enfant nouveau-né est le vœu le plus cher de nombreuses familles ; un Dieu qui choisit cette voie pour venir visiter son peuple ne peut être que sympathique…

La Passion et la Résurrection, c’est à la fois plus difficile et plus effrayant. Sans aller jusqu’à faire comme ce petit garçon qui ne voulait plus aller au catéchisme de peur de mourir sur une croix, tout ce qui se célèbre durant cette semaine sainte doit nous interpeller. Nous ne sommes pas venus assister, en spectateurs passifs, à une de ces pièces de théâtre où l’on pleure beaucoup, mais où le héros finit par triompher in extremis. Chaque célébration de cette semaine évoque un sacrement, une spiritualité particulière, dont il nous appartient de trouver le sens, ce qu’elle nous dit de « vrai », dans les limites de la compréhension que nous en avons.

Sans aller jusqu’à dire « à chacun sa vérité », car la force d’une communauté chrétienne c’est d’être « en communion » dans sa foi, il ne suffit plus de réciter le Catéchisme de Pie X pour clore instantanément toute question que le croyant pourrait se poser. Des contacts plus fréquents et plus constructifs avec des chrétiens d’autres rites ou églises nous amènent à jeter un autre regard sur certaines « vérités », qui n’en sont que parce que « on » a décrété que ceux qui pensent autrement ont tort… Mais le cœur de la foi chrétienne, le Kérygme est bien présent dans tout ce que l’Eglise nous propose cette semaine ; à nous de nous laisser interroger, secouer, pour que notre foi en sorte grandie et raffermie.

A l’exception du mariage, tous les sacrements nous seront proposés ou directement évoqués durant les prochains jours, à commencer par celui de la pénitence et de la réconciliation, dès ce lundi pour les Bons-Villersois ; pendant un an, nous avons crié haut et fort que le Père est miséricordieux, mais avons-nous vraiment avancé dans la compréhension du sacrement où cette miséricorde s’exprime le plus ? Au cours de la messe chrismale, nous verrons nos prêtres renouveler leurs vœux devant l’évêque (évocation du sacrement de l’ordre) et nous assisterons à la bénédiction des huiles utilisées notamment pour la confirmation et l’onction des malades ; nos malades pourront d’ailleurs recevoir l’onction mardi à Mellet. Jeudi, nous ferons la fête à l’Eucharistie, et samedi, durant la nuit pascale, nous unirons nos prières à celles des communautés qui accueillent de nouveaux baptisés, tandis que nous revivrons en quelques lectures toute l’histoire de la rencontre entre Dieu et les hommes.

Sommes-nous encore bien sûrs d’être en « vacances de Pâques » ?


« Il vit, et il crut. » (Jean 20, 8)

Le tombeau vide est le seul signe « physique » de la Résurrection, et les Évangélistes nous donnent deux versions assez différentes de sa découverte par les « saintes femmes ».

Saint Matthieu n'était pas là ; comme d'autres Apôtres, il se cachait ou avait pris la fuite. Quand le récit des femmes lui parvient, il essaie de traduire avec des mots un événement dont l'annonce le bouleverse, et dont la rumeur a déjà amplifié quelques détails. Le tremblement de terre, les soldats pétrifiés... sont sans doute le résultat d'une certaine dramatisation.

Il en va tout autrement dans le texte de saint Jean, que nous lisons à la veillée pascale : parce qu'il l'a vécu en direct et ressenti au plus profond de lui-même, il n'a pas besoin de mots pour décrire ce qu'il voit. Son expérience spirituelle est si intense qu'il croit, tout simplement.

A l'heure de la « nouvelle évangélisation », les deux approches sont complémentaires. Comment apprendre à connaître Jésus autrement qu'en racontant son histoire ? Et pour qu'une histoire nous captive et s'imprime dans nos mémoires, il faut quelques détails insolites, des « roulements de tambour » bien placés. Il est probable qu'à l'époque où, dans nos églises, on mettait en scène la vie de Jésus et des saints, les acteurs n'hésitaient pas à « surjouer » les moments importants pour faire passer leur message. On n’insistera jamais assez sur le rôle du rejet de « l’histoire sainte » dans « l’athéisme par ignorance » qui caractérise nos populations, plus particulièrement chez les jeunes. Avec leurs crèches et leurs chemins de croix, les Franciscains ont largement contribué à l’édification des milieux populaires, et si la foi chrétienne ne peut se résumer à ces représentations parfois naïves, elles en sont des supports importants, qu’il ne faut pas négliger.

A l’opposé de ce côté narratif, il y a le côté spirituel, rapporté par Saint Jean. Jean connaissait bien Jésus ; une profonde amitié s'était développée entre les deux hommes, au point qu'en mourant, Jésus lui confia ce qu'il avait de plus cher sur la terre : sa maman. Jean suivait l'enseignement de Jésus depuis le début, mais c'est au tombeau vide qu'il acquiert la foi qui va le porter le reste de sa vie. C'est là où il n'y a plus rien à voir, rien à entendre, mais où tout peut se découvrir, que Dieu se révèle dans sa grandeur ; ce n'est pas pour rien que le désert est souvent présenté dans la Bible comme un lieu privilégié de la rencontre entre Dieu et les hommes.

Le temps de Pâques, où nous célébrons Jésus à la fois absent et présent, est propice à l'éveil (ou au réveil) de la foi, à condition que nous prenions le temps de méditer ce qui, avec nos mots, ne peut être qu'un « mystère », et que nous acceptions la rencontre qu'il nous propose.... même - et peut-être spécialement - là où nous ne voyons rien !

L’église « idyllique »

Si le temps pascal est celui de la résurrection du Seigneur, il est aussi, pour les « simples terriens » que nous sommes, celui de la naissance de l’Eglise. Celles et ceux qui ont vécu une telle expérience, qu’il s’agisse de la venue d’un enfant, de la création d’une entreprise ou de la mise sur pied d’une association, savent à quel point cette période est riche en joies et en espoirs, mais aussi en peurs.

Les lectures de ce dimanche traduisent assez bien ces différents sentiments, mais le passage des Actes des Apôtres qui nous est proposé comme première lecture (Ac 2, 42-47) est particulièrement éloquent ; ce n’est pas pour rien que dans certaines bibles, ce passage est intitulé « présentation idyllique de l’Eglise » ; un titre qui, à lui seul résume tout le texte, si l’on prend la peine d’aller voir au dictionnaire la définition du mot « idyllique » : « qui est marqué par une entente parfaite, sans nuages » (Larousse).

Alors que le christianisme naissant n’est pas une religion à part entière, mais un courant parmi d’autres dans le judaïsme (c’est au temple ou dans les synagogues que vont prier les premiers Chrétiens), que des « docteurs » n’ont pas encore élaboré une théologie compliquée, que le « Nouveau Testament » n’a même pas encore été mis par écrit, les petites communautés qui sont les « cellules souches » de l’Eglise ont déjà tout compris du message de Jésus : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on reconnaitra que vous êtes mes disciples » (Jn 13,25).
Dans un peu plus d’un mois (le 26 ou le 27 mai), les Musulmans commenceront le ramadan ; ce sera pour eux l’occasion de rappeler au monde les « cinq piliers » de l’islam : la foi en Dieu unique, les prières quotidiennes, la zakat (aumône), le ramadan, et le pèlerinage à La Mecque. Ce passage des Actes nous rappelle que le christianisme possède aussi ses « quatre piliers », déjà bien présents dans les premières communautés, et toujours d’actualité, même si on en fait peu de publicité : l’enseignement des Apôtres, la communion fraternelle (mettre ses biens au service des frères dans le besoin), la prière en commun, l’Eucharistie (rompre le pain en mémoire de la mort et de la résurrection de Jésus).

On sait que, malheureu-sement, l’entente parfaite qui nous est décrite ici est fragile, et que saint Paul lui-même devra déjà rappeler à l’ordre des individus ou des groupes tentés par le pouvoir ou le sentiment de supériorité ; mais malgré cela, l’amour reste le premier ciment des communautés chrétiennes.

La « refondation » annoncée de nos paroisses est plus que jamais l’occasion de relire l’histoire des communautés qui ont fait l’Eglise primitive. Comme elles, nos communautés paroissiales ne survivront que si elles sont des lieux d’enseignement, de prière, d’amour, de solidarité, et non des lieux de dispute et de rivalité.

Sur le chemin d’Emmaüs…

On aime bien les disciples d’Emmaüs, et c’est toujours une joie de les retrouver.

On aime le texte, car même s’il ne se trouve que dans l’Evangile de Luc, il est souvent étudié dans les cercles bibliques et les formations théologiques. Il a aussi inspiré de nombreux peintres ; le plus célèbre est sans doute Rembrandt, au 17ème siècle, mais il y en a eu d’autres, comme Arcabas, bien plus près de nous. Il faut dire que le récit n’est pas une simple anecdote, mais une véritable catéchèse… de cheminement, dans tous les sens du terme !

On aime aussi ces deux hommes, qu’on appelle parfois « disciples », parfois « pèlerins ». On les aime, mais on ne les connaît pas vraiment : du premier, on ne connaît que le nom, du second on ne sait rien du tout ; c’est la tradition qui leur a accolé le surnom de « d’Emmaüs » ; rien ne dit qu’ils proviennent de ce village, ni qu’ils y habitent, ni même qu’Emmaüs est la destination finale de leur voyage… Quant à leur relation à Jésus, elle est aussi très floue ; ils ont suivi son enseignement, mais ils n’ont pas vraiment compris ce qu’il venait faire ; comme beaucoup de Juifs séduits par l’idée que Jésus pourrait être le Messie, ils le voyaient déjà libérer Israël des Romains, comme Moïse des Egyptiens…

On les aime, car on est un peu comme eux ; de nombreux chrétiens vivent des moments de foi intense, suivis de périodes de doute, tout aussi intense. On a envie de croire, parce qu’on est émerveillé par une parole prophétique (de nos jours encore, certains disent si bien le Dieu en qui ils croient qu’ils méritent le nom de « prophète »). Et puis soudain, tout s’écroule ; celui qui a remis les autres debout connaît à son tour une fin tragique… Ceux qui s’en souviennent penseront sans doute à Jacques Vallery ; c’était en 1987. On a alors envie de crier comme le psalmiste « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Ps 21), voire de chanter avec Alain Souchon « Et si le ciel était vide ? ». Plus tard on se rendra peut-être compte que c’est à ces moments-là que Jésus était le plus présent à nos côtés, mais dans la discrétion. Mère Teresa elle-même a reconnu que durant de longues périodes de sa vie, elle a douté de l’existence de Dieu ; cela ne l’a pas empêchée de poursuivre sa route vers la sainteté.

On les aime, car l’expérience de Jésus qu’ils vivent sur la route d’Emmaüs est celle que nous pourrions vivre également, à condition d’accepter d’engager la conversation avec le Tout-Autre, qui peut tout aussi bien prendre la forme d’une petite voix intérieure que celle d’un inconnu rencontré par hasard. Sans chercher bien loin, cette expérience, nous pouvons la vivre chaque dimanche : écouter Sa Parole nous réchauffer le cœur, puis Le reconnaître à la fraction du pain. Rappelons-nous, cela s’appelle la messe…

« [Jésus] vous a laissé son exemple afin que vous suiviez ses traces » (1Pierre 2, 21)

On ne présente plus le « dimanche du Bon Pasteur », autre nom du quatrième dimanche de Pâques; mais on ne sait pas toujours que ce dimanche est aussi celui où l'on prie pour les vocations.

Le mot est peut-être mal choisi, car c'est comme si on priait pour que Dieu appelle plus ; c'est un peu le cas, mais pas seulement. S'il y a de nos jours moins de « vocations », ce n'est probablement pas parce qu'il y a moins d'appels de la part de Dieu, mais parce que nous sommes moins réceptifs à ses appels, et que ceux qui les reçoivent hésitent à y répondre. Quand on voit la souffrance de certains prêtres, on peut comprendre... Commençons donc par prier pour que Dieu les garde heureux et fidèles dans leur engagement.

Notre monde a plus que jamais besoin de pasteurs ; pas seulement des guides ou des surveillants, mais des repères dont la houlette, bien visible au milieu du troupeau, est comme une bannière qui rassemble et rassure. Aider ses frères et concitoyens dans leur recherche de sens, les conseiller, les rassurer parfois, les aider à vaincre leurs peurs comme leurs égoïsmes (les seconds étant souvent la conséquence des premières), leur montrer que Dieu les aime... ne s'improvise pas. Les charismes naturels dont certains bénéficient doivent aussi s'appuyer sur une solide formation et une capacité d'analyse de la société avec ses changements, heureux ou malheureux. Sans cela, nous risquerions de n'avoir que des « gourous » ou des prêcheurs illuminés.

La vocation n'est pas à sens unique : si elle implique un appel, elle implique aussi une réponse. Prier pour les vocations, c'est donc aussi demander que tous, nous soyons réceptifs à un appel éventuel, et que ceux qui le reçoivent acceptent et comprennent leur mission.

Cet appel peut venir de Dieu lui-même, ou « passer » par l'Eglise. Prier pour les vocations, c'est aussi demander une Eglise plus appelante, plus ouverte, plus créative dans la définition de nouveaux ministères. Sur ces points, nous pouvons avoir de grandes attentes vis-à-vis de la hiérarchie, mais nous pouvons déjà agir localement, en nous demandons si nos communautés elles-mêmes sont suffisamment appelantes, accueillantes, aidantes, édifiantes dans tous les sens du terme. Peut-on raisonnablement espérer qu'un plus grand nombre de jeunes s'engagent à suivre un exemple (pour reprendre le mot de saint Pierre lui-même) que de moins en en moins d'entre eux connaissent ?

Associer les vocations au dimanche du « Bon Pasteur » ne doit pas nous faire oublier que les vocations ne concernent pas que les « pasteurs ». Dans la triple mission de l'Eglise (annoncer, célébrer, servir), il y a du travail pour tous, pas seulement pour les ministres ordonnés. Chacun de nous, même s'il a d'autres engagements (professionnels, familiaux...) peut se sentir appelé à « faire quelque chose », de manière ponctuelle, ou pour un temps plus ou moins long. Mais nous pouvons aussi être du côté des « appelants », en invitant d'autres personnes, parfois moins proches, voire éloignées de l'Eglise, à partager une lecture, renforcer une chorale, aider à la décoration... Dans nos paroisses, on ne compte plus les « ex-fidèles », notamment parmi les jeunes, qu'on ne voit plus à l'église parce qu'on ne leur demande jamais rien... C'est dans ce sens, que les vocations nous concernent toutes et tous, quels que soient notre âge et notre situation.

« Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas, comment pourrions-nous savoir le chemin ? » (Jn 14, 5)

Une fois de plus, Jean commence sa leçon de théologie (car chacun de ses chapitres en est une) par ce qui semble une évidence. Et c'est encore Thomas, « notre » jumeau, qui a le rôle de l'énoncer, avec ce mélange de naïveté et de méfiance qu'on lui prête. Tout le monde connaît l'adage « Si tu ne sais pas où tu vas, tu as peu de chances d'y arriver ». Les utilisateurs de GPS savent combien ce principe, tellement simple qu'il fait sourire, se rappelle régulièrement, et parfois cruellement, à leur mémoire : sans adresse de destination, pas de chemin !

On pourrait croire que l'enseignement de Jésus va à contre-courant de cette réalité, qu'il invite ses disciples à prendre un chemin qu'ils ne connaissent pas, vers un but encore plus inconnu. Et il voudrait qu'ils lui fassent confiance !

Pour Jésus, les Apôtres devraient savoir où il veut les conduire, mais leurs questions montrent qu'ils n'ont pas encore compris le sens de l'enseignement de Jésus : ils cherchent le Père, et ne voient pas le Fils qui est devant eux.

Ce paradoxe est assez fréquent dans l'enseignement de Jésus. Rappelons-nous la parabole de l'homme riche et du pauvre Lazare : le riche supplie Abraham de donner à ses frères un signe fort, le retour du pauvre Lazare avec un message ; mais Jésus prête à Abraham cette réponse : « S'ils n'écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu'un pourra bien ressusciter d'entre les morts : ils ne seront pas convaincus. » (Lc 16, 31). Affirmation prémonitoire s'il en est !
Aujourd'hui encore, beaucoup d'hommes cherchent Dieu ; ils voudraient bien voir le « Tout-Autre », Lui parler, savoir qui Il est, s'Il existe vraiment... Mais ils ignorent l'autre « tout court » qui est à côté d'eux, bien réel, bien vivant. Or, s’il est bien une obligation du Chrétien, c’est d’aimer son prochain comme il aimerait Dieu lui-même, car chaque homme est, pour les autres, une image de Dieu. Que cette image soit imparfaite est inhérent à notre statut de « créature », et ne doit pas nous empêcher de chercher ce qu’elle contient de beau. Le mathématicien et philosophe Pascal disait déjà : « La nature a des perfections pour montrer qu'elle est l'image de Dieu, et des défauts pour montrer qu'elle n'en est que l'image ». (Pascal, Pensées (1670)).

Si Jésus peut affirmer « Je suis le chemin », ce n'est pas seulement parce qu'il est Dieu, mais aussi parce qu'il est pleinement homme ; par le mystère de l’incarnation, non seulement il prend chair humaine, mais il vient révéler la part de divin qui est en nous… comme dans toute créature vivante d’ailleurs. Cette union à la divinité de Jésus est aussi pour le Chrétien une grande espérance, que nous exprimons (ou que le prêtre exprime au nom de l’assemblée) à chaque messe dans le rite de l’offertoire : « Comme cette eau se mêle au vin, puissions-nous être unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité… »

« Dans sa chair, il a été mis à mort ; dans l’Esprit, il a reçu la vie » (1 P 3, 15-18)

Alors que Jésus, dans l’Évangile de Jean, promet à ses disciples de leur envoyer un « défenseur », saint Pierre, dans sa première lettre, invite ses ouailles à préparer leur défense face à quiconque leur demande de rendre raison de l’espérance qui est en eux.

C'est que l'espérance des croyants - et plus particulièrement celle des Chrétiens – a souvent paru « suspecte » aux yeux de ceux qui ne la partagent pas. Les Apôtres en ont fait l'expérience ; ne les a-t-on pas accusés, le jour de la Pentecôte, d'avoir un peu trop forcé sur le vin doux avant de prendre la parole en public ?

Espérer – avec la force de la Foi - un monde meilleur, que ce soit dans l'au-delà, ou simplement ici-bas, n'est pas donné à tout le monde ; on le voudrait bien, mais y croit-on vraiment ? Et que fait-on pour que cet espoir devienne réalité ? Le monde romain, dans lequel se développe le christianisme, est bâti sur ce qui apparaît à nos yeux comme une injustice profonde : tous les hommes n'y ont pas les mêmes droits, la société est divisée entre « hommes libres » et « esclaves ». Nier cette division, comme l'on fait les premiers Chrétiens, c'est se mettre en marge de la société, s'exposer à toutes les accusations... et donc avoir besoin d'un bon avocat.

De nos jours encore, oser croire qu'un homme, ou un groupe d'hommes, est capable de s'améliorer suscite risée et méfiance ; au mieux on passe pour un naïf, au pire on est accusé de complaisance, sinon de complicité. Il est en effet très facile et très confortable d'enfermer les autres dans des catégories... surtout quand on se met soi-même du bon côté.

Cette espérance n'est pas la seule source d'incompréhension entre Chrétiens et non-croyants ; le symbole par lequel on l'exprime apparaît souvent paradoxal, même à d'autres croyants. Comment en effet reconnaître dans le Crucifié un signe d'espérance ? Nos frères protestants ont – partiellement – résolu le problème en représentant une croix seule ; ce faisant, ils satisfont au commandement ancien de ne pas « adorer une image taillée », mais ils expriment aussi le fait que, si Jésus est ressuscité, sa place n'est plus sur la croix...

Le monde catholique est longtemps resté attaché au Christ mort ou agonisant, pendant lamentablement à sa croix, dans une position de souffrance totale. Mais nos représentations évoluent, et ce qui m'a donné l'idée d'écrire ce petit mot, c'est la question d'un élève, lors d'une visite de la basilique de Charleroi : « Pourquoi le crucifix de l'ancien chœur et celui du nouveau chœur sont-ils différents ? » Excellente remarque, car si le premier est traditionnel, presque doloriste, sur le second1, Jésus apparaît à la fois crucifié et ressuscité ; ce n’est plus un corps sans vie qui pend à la croix ; c’est déjà le Christ ressuscité qui se dresse en signe de victoire sur la mort. N'est-ce pas aussi une belle illustration de cette parole de saint Pierre ?

« Père, l'heure est venue. Glorifie ton Fils, afin que le Fils te glorifie. » (Jean 17, 1)

Il est beaucoup question de « gloire » dans le passage d’Evangile que nous lisons ce dimanche. Il est probable que ce texte dérangera plus d’un d’entre nous, car si beaucoup d’hommes aspirent plus ou moins secrètement à l’une ou l’autre forme de « gloire », ils sont encore plus nombreux à fustiger ceux qui la recherchent. Et ce n’est même pas toujours de la jalousie ; on n’aime pas ceux qui se glorifient, car : « ça ne se fait pas ». Alors, entendre Jésus parler de sa « gloire » avec une telle insistance, cela ne semble pas en cohérence avec notre vision du personnage ; encore moins, lorsqu’on sait que saint Jean situe ce récit juste avant celui de la Passion, comble de l’humiliation. Rattrapé par le système, trahi par un de ses amis, renié par un autre, abandonné par ceux qui affirmaient vouloir le suivre jusque dans la mort, hué par la foule, notre Christ ne semble pas vraiment au sommet de la gloire !

Peut-être est-ce parce que nous confondons souvent « gloire » et « gloriole ». Ni le Père ni le Fils ne cherchent à « se faire passer pour plus qu’ils ne sont » ; d’ailleurs, le pourraient-ils, puisque l’idée même de Dieu implique la perfection ? Ils ne cherchent pas non plus à « se faire valoir » ; l’idée d’un Dieu pervers, qui aurait créé l’homme dans le seul but d’être adoré est aujourd’hui dépassée chez beaucoup de croyants.

Une fois de plus, nous sommes ici piégés par la pauvreté de notre vocabulaire ; le mot « Δόξα » (« doxa »), utilisé dans l’Evangile, et qui se traduit du grec (ancien comme moderne) par « gloire » recouvre en effet un concept bien plus large. On se référera notamment à l’article de F. Provenzano, Chargé de cours à l’Université de Liège, qui commence par : « Héritée de la rhétorique et de la philosophie antiques, la notion de doxa renvoie à l’ensemble des opinions couramment admises, des croyances largement partagées, des savoirs informels diffusés au sein d’une communauté socio-historique et culturelle donnée. […] » ( On peut lire l’article complet sur http://ressources-socius.info/index.php/lexique/21-lexique/57-doxa ).

Sans aller plus loin dans les considérations théoriques (car le concept de « doxa » a aussi été régulièrement utilisé et réapproprié par les philosophes, tant anciens que modernes), nous retiendrons que la « glorification » dont il est question ici consiste avant tout à porter Jésus à la connaissance du monde : il nous a fait connaître le Père, à nous de le faire connaître. Car si Jésus s’adresse ainsi au Père devant ses disciples, c’est pour qu’ils en soient ses instruments, dans une forme de demande typique de la culture juive.

En même temps, ce terme nous rappelle que cette « connaissance », n’est pas un savoir scientifique, qui s’impose par la raison ; chacun est libre de l’accepter ou de la refuser. Mais elle doit être proposée et reçue dans le respect des uns et des autres, en gardant en mémoire ce mot de Jacques Vallery pour justifier sa foi : « il n’est pas idiot de penser que… ».

Un respect que nous marquerons aussi vis-à-vis de nos « cousins » musulmans qui commencent le Ramadan ce week-end ; même si nous n’en comprenons pas toujours bien le sens, osons admirer leur effort, particulièrement méritoire en ce temps de premières chaleurs.

Et mieux encore que d’admirer sans comprendre, pourquoi n’irions-nous pas trouver un voisin musulman et lui demander de nous expliquer pourquoi il « fait » le Ramadan ? N’est-ce pas pour la « gloire » du même Dieu que celui que nous appelons « Père » ?

Esprit de Pentecôte

Il ne faut pas faire de grandes recherches théologiques pour trouver l'origine du mot « Pentecôte » : il vient du grec « Πεντηκοστή » qui signifie tout simplement « cinquantième » ; la Pentecôte n'est donc que le cinquantième jour après Pâques, tout comme Chavouot (pour les Juifs) est le cinquantième jour après Pessah.

Mais il n'y a pas que cette correspondance numérique pour lier ces deux couples de fêtes : après avoir libéré son peuple de l'esclavage en Egypte (Pessah), Dieu lui donne la Loi ; de même, après avoir ressuscité son Fils (Pâques), Dieu envoie son Esprit sur ses disciples. Chaque fois, il y a une libération, suivie d'un don, qui va permettre au peuple de profiter pleinement de cette libération.

A quoi bon être un peuple libre, si on se vole et se tue entre frères ? Si la Loi gravée sur les Tables s'est quelque peu compliquée au travers de révélations et surtout d'interprétations successives, elle est au départ très simple et finalement peu contraignante ; elle constitue l'essentiel du « vivre ensemble », pour un peuple soudainement libéré, mais aussi livré à lui-même, dépourvu de repères.

De même la mort et la résurrection de Jésus ne seraient qu'un feu de paille, une étincelle à l'échelle de l'histoire, si personne n'avait osé en parler. Durant de nombreux siècles de chrétienté, et jusqu'il y a quelques dizaines d'années, « dire Jésus mort et ressuscité » a semblé une évidence ; ce n'est plus le cas aujourd'hui. Nous n'en pouvons que mieux imaginer la force de l'Esprit, qui a permis aux premiers Chrétiens de vaincre leurs peurs pour oser proclamer ce qui était alors « scandale pour les Juifs, folie pour les païens ».

On ne dit peut-être pas assez souvent que sur les « 10 commandements », 4 concernent la relation à Dieu, 6 concernant la relation au « prochain » ; c'est dire qu'à la base même de notre monothéisme, ce que nous faisons au prochain est aussi important, si pas plus important que ce que nous faisons à Dieu lui-même. Jésus n'est donc pas très innovant lorsqu'il résume les quatre premiers d'une part et les six derniers d'autre part en deux commandements, qu'il place sur le même pied (« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu ... (Mt 22, 37) » et « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Mt 10, 39)) ; l'innovation consiste à respecter la Loi, non par obéissance, mais par amour !

Plusieurs jeunes de notre doyenné viennent de vivre le sacrement de la confirmation. Troisième sacrement de l'initiation chrétienne (après le baptême et l'eucharistie), on présente parfois la confirmation comme le « sacrement de la prise de parole ». Puissent-ils, animés par l'Esprit de pentecôte, oser affirmer - « en vérité », c'est-à-dire en actes aussi bien qu’en paroles - autour d'eux qu'une religion bien comprise ne consiste pas à enfermer les gens dans des peurs et des préjugés, mais au contraire les libérer de tout ce qui empêche une saine relation aux autres... pour autant que ce soit par choix et par amour, pas par obligation !


« Celui qui agit selon la vérité vient à la lumière » (Jean 3, 21)

Le dimanche de la Trinité nous invite à méditer un aspect de notre foi qui distingue le christianisme des autres grandes religions monothéistes : la Sainte Trinité. Nous la retrouvons partout, à commencer par le signe de croix, qui est la fois la prière la plus simple, et, de ce point de vue du moins, la plus complète.

Source d'incompréhension totale avec les Juifs et les Musulmans, l'expression du Dieu trinitaire fut aussi source de division entre les Chrétiens eux-mêmes (rappelons-nous la discussion sur l'affirmation que l'Esprit procède « du Père » ou « du Père et du Fils », qui fut un des éléments à l'origine du schisme d'Orient, qui sépara, en 1054, les Églises catholique et orthodoxe). Et pourtant, c'est, à quelques détails près (notamment le fameux « filioque » évoqué plus haut) le même « Credo » qui fait dire chaque dimanche à tous les Chrétiens de la terre, ces trois affirmations :

• Je crois en Dieu le Père...
• Je crois en Jésus-Christ, fils unique...
• Je crois en l'Esprit-Saint...

On pourrait croire que l’Évangile du jour disserterait abondamment sur les trois « personnes divines » ; en réalité, il attirerait plutôt notre attention sur la phrase du « Credo de Nicée-Constantinople » qui termine l'évocation de Jésus-Christ : « Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts... » . Plus simple, le Symbole des Apôtres dit « ... d'où il viendra juger les vivants et les morts » mais l'idée est bien la même. Cette notion de jugement (« dernier », comme on dit parfois), fait donc partie de notre foi. Mais Jésus, dans ses propos rapportés par saint Jean, donne à ce « jugement » un sens très différent ce que nous pourrions imaginer : il ne vient pas en juge qui condamne, mais en lumière qui éclaire nos actes, pour que nous puissions nous-mêmes y discerner ce qui est bien et ce qui est mal. Et saint Jean va plus loin encore : le mal s'enracine là où ne voulons pas que la lumière pénètre ; et pas seulement le mal que nous pourrions faire ; c'est vrai aussi pour le mal que nous subissons.

On pourrait ne voir dans ce texte que son côté moralisateur : en effet, chacun d'entre nous à son jardin secret, plus ou moins « sale », qu'il n'aime pas exposer au grand jour ; et ce n'est pour rien que l'on réclame toujours plus de « transparence » de la part de ceux qui prétendent agir pour le bien public. Mais ce côté sombre n'est pas toujours fait d'actes malhonnêtes ou répréhensibles : nos échecs, nos peines, nos maladies, les brimades subies... font parfois l'objet de hontes et de dissimulations, alors qu'en les « amenant à la lumière », on pourrait les partager, les dédramatiser, et finalement vivre sans qu'ils n'empoisonnent notre existence.

Bien sûr, c'est plus facile sur papier que dans la vraie vie : notre monde (ou du moins quelques milliards parmi ses habitants) ne cesse de louer la miséricorde divine dans toutes les langues et dans toutes les postures, mais il est loin d'être lui-même « miséricordieux comme le Père ». S'il est parfois difficile de se confier à ses semblables, nous pouvons au moins nous confier à Dieu, par la prière, et lui demander d'éclairer les pans noirs de notre vie... Çà non plus, ce n'est pas facile, et l'image de l’homme fautif fuyant le regard de Dieu se trouve déjà au chapitre 3 de la Genèse.

Même si nous ne l’allumerons plus tous les dimanches, le cierge pascal reste là pour nous rappeler que Jésus est « lumière du monde ». N’hésitons pas à confier au Seigneur toutes nos zones d’ombre, afin qu’il les éclaire…

Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle (Jean 6, 54)

Ces paroles, qui préfigurent déjà la « dernière Cène » (que saint Jean, contrairement aux autres évangélistes, et même saint Paul, ne décrit pas en détails, préférant se concentrer sur le lavement des pieds et le discours d'adieu de Jésus), sont pour le moins étranges. On ne s'étonnera donc pas de voir les disciples eux-mêmes perplexes, voire scandalisés par de tels propos. Prise à la lettre, la formule a en effet tout pour choquer les Juifs, très à cheval sur les interdits alimentaires.

Heureusement pour nous, saint Paul, dans sa première lettre aux Corinthiens, nous donne quelques clés de lecture. Car si aucun Évangile ne porte son nom et s'il n'était pas parmi les douze à la dernière Cène, il est l'auteur du plus ancien écrit relatant ce repas mémorable et peut, à juste titre, être considéré comme le premier théoricien de l'Eucharistie.

On peut donc regretter que le passage retenu par la Liturgie pour ce dimanche de l'année A soit si court et se limite aux versets 16 et 17 du chapitre 10, alors que le verset 18 est particulièrement instructif : « Voyez ce qui se passe chez les Israélites : ceux qui mangent les victimes offertes sur l'autel de Dieu sont en communion avec Dieu. » (1Co 10, 18). En poursuivant son explication, saint Paul justifie par la même occasion l'interdiction faite aux premiers Chrétiens de manger la viande sacrifiée aux idoles (le seul interdit alimentaire dans le christianisme) : « 20J'affirme au contraire que les sacrifices des païens sont offerts aux esprits mauvais, et non à Dieu, et je ne veux pas que vous soyez en communion avec les esprits mauvais. 21Vous ne pouvez pas en même temps boire à la coupe du Seigneur et à celle des esprits mauvais ; vous ne pouvez pas en même temps prendre part à la table du Seigneur et à celle des esprits mauvais. » (1Co 10, 20-21).

Ceux qui se scandalisent à l'idée de « manger le corps de Jésus » n'ont pas compris qu'en disant cela, Jésus s'identifie à la victime offerte à Dieu. C'est la même idée qui est développée dans l’épître aux Hébreux : Jésus est à la fois le grand-prêtre et l'agneau immolé ; son sacrifice est unique, car le Christ ne fait pas comme le grand-prêtre de l'Ancienne alliance, qui « versait un sang qui n'était pas le sien » (He 9, 25).

Par son sacrifice, Jésus met aussi un terme à une pratique déjà dénoncée par le prophète Isaïe : « 11Que m’importe le nombre de vos sacrifices ? – dit le Seigneur. Les holocaustes de béliers, la graisse des veaux, j’en suis rassasié. Le sang des taureaux, des agneaux et des boucs, je n’y prends pas plaisir. 12Quand vous venez vous présenter devant ma face, qui vous demande de fouler mes parvis ? 13Cessez d’apporter de vaines offrandes ; j’ai horreur de votre encens. Les nouvelles lunes, les sabbats, les assemblées, je n’en peux plus de ces crimes et de ces fêtes. 14Vos nouvelles lunes et vos solennités, moi, je les déteste : elles me sont un fardeau, je suis fatigué de le porter. » (Is 1, 11-14). Car le Dieu de la Bible n'est pas assoiffé de sang, il ne s'achète pas par des sacrifices ou des offrandes ; au contraire, c'est en permanence Lui qui donne, et même qui se donne ; en échange, il veut nous voir libres, justes, solidaires.

Au cours de l'histoire, des Chrétiens se sont souvent disputés sur le sens à donner à la présence réelle du corps de Jésus dans l'hostie consacrée. C'est que les mots utilisés pour exprimer un mystère qui nous dépasse ne peuvent être que maladroits et imprécis. Mais nous pouvons retenir que la présence de Jésus dans le pain consacré – même sous une forme que nous ne pouvons décrire – nous permet, en mangeant ce pain consacré, de « communier » avec Dieu. C'est notamment pour cela que ce pain « corps du Christ » mérite notre respect et notre adoration...

« Heureux celui qui sait rire de lui-même ; il n’a pas fini de s’amuser. »

Cette énième béatitude avait été popularisée aux Bons-Villers par l’abbé Victor Huet. C’est donc après s’être amusé pendant 94 ans dans notre diocèse, qu’il s’est éteint à la vie terrestre pour rejoindre le Père. Ces dernières années, l’âge et la maladie l’avaient contraint à restreindre ses activités et l’avaient quelque peu isolé du monde, mais un prêtre reste prêtre toute sa vie, et c’est avec un certain pincement au cœur que de nombreux amis l’ont vu partir, un mois trop tôt pour pouvoir fêter le septantième anniversaire de son ordination.

L’abbé Victor Huet était petit par la taille, mais grand par le cœur. Son arrivée comme prêtre auxiliaire fut une bénédiction pour les paroisses des Bons-Villers, et plus particulièrement Frasnes et Wayaux, les deux seules paroisses qui n’avaient pas de prêtre résident (les temps ont encore bien changé depuis lors).

Durant toute sa « carrière » de vicaire puis de curé dans la région du Centre, il avait œuvré pour les jeunes et les moins jeunes en créant des écoles, des mouvements de jeunesse, des bibliothèques… usant de sa force de persuasion – mais aussi de ses fonds propres - pour rassembler les moyens financiers nécessaires pour faire aboutir ses projets.

« Jeune retraité » de 73 ans, il mit ici son temps et son expérience au service de tous : pensionnés, catéchistes, et tous ceux qui voulaient partager et approfondir leurs connaissances bibliques. Bien qu’il se qualifiât souvent lui-même d’enfant de chœur de première classe, il était toujours prêt pour présider une célébration et aider à la préparer. Bon vivant, il répondait présent à toutes les invitations, et fut très vite adopté par la population.

L’abbé Victor Huet (qui n’aimait trop qu’on l’appelle « père » ou « abbé » car, comme il disait, il n’était le père de personne) était aussi grand par la foi ; une foi qu’il aimait partager en termes simples ; une simplicité à la hauteur de sa grande connaissance des Ecritures. Il savait trouver les mots justes pour remettre à sa place le signe de croix, résumé de toute notre foi chrétienne.

Un jour, en refermant le lectionnaire après la proclamation de l’Evangile, il s’est exclamé : « Je suis à la fois heureux et triste ; heureux de votre attention et de votre respect, et triste que vous ayez lu l’Evangile sur vos feuillets au lieu de m’écouter. » Il nous rappelait ainsi que les Chrétiens ne sont pas – quoi qu’en dise le Coran – des « gens du livre », mais des « gens de la Parole ». C’est d’ailleurs pour cela que l’Eglise accorde tant d’importance à la « traduction liturgique » de la Bible, une version spécialement destinée à être écoutée plutôt que lue.

J’arrête ici ces considérations personnelles et vous invite à relire les textes qui ont été dits à l’occasion du 65ème anniversaire de son ordination, ainsi que l’homélie prononcée ce jeudi par notre Evêque, Mgr Guy Harpigny, venu tout spécialement à Frasnes pour présider la messe des funérailles. Tout cela est accessible via le lien :
http://www.diocese-tournai.be/decouvrir-le-diocese/pretres/2263-homelie-des-funerailles-de-l-abbe-victor-huet-1923-2017.html 

Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi (Mt 10, 37)

L'Evangile de ce dimanche illustre une fois de plus que les textes sacrés sont là pour alimenter notre réflexion, et non pour être appliqués à la lettre. Après avoir dit qu'il nétait pas venu apporter la paix, mais le glaive (Mt 10, 34), voilà que Jésus s'en prend à un pilier majeur de la société : l'amour que les enfants ont envers leurs parents. Il n'en faudrait pas plus pour conforter bon nombre de laïques militants dans leur conviction que la religion est la cause de toutes les guerres et l'Eglise la « reine des sectes »…

Mais est-ce vraiment ce qu’il faut comprendre ? Le commandement « Tu honoreras ton père et ta mère » serait-il aboli ?

On pourrait le penser si on arrêtait ici la lecture, mais si on lit un peu plus loin, on peut aussi penser que l’obligation d’aimer ses parents, loin d’être abolie, est plutôt étendue : à Jésus, aux prophètes, aux hommes justes, et à tous « ces petits qui sont ses disciples »…. On l'a déjà vu, Jésus résume volontiers les six commandements relatifs à la vie en société en un seul commandement « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Une fois de plus, il nous invite à sortir de notre « petit monde » constitué de parents, enfants et amis proches, pour nous ouvrir à un monde plus large...

« Tout quitter » pour suivre Jésus, ce n’est pas s’enfuir en laissant sur place ceux que l’on pourrait et devrait aider. Au contraire, c’est s’engager sur un chemin d’amour et d’attention aux autres ; cela implique de sortir de sa « zone de confort », dont le cocon familial est souvent la plus belle image. Le tout est de ne pas s’y limiter.

Le temps des vacances est, pour certains d'entre nous, synonyme de voyages, de découvertes, de rencontres. Voulons-nous, même à l'étranger, rester "entre nous", ou oserons-nous tenter une rencontre plus authentique, au risque d'être déçus de ne pas être vus comme nous voulons l'être ?

Et si nous restons ici, aurons-nous un geste pour ceux qui passent l'été dans la rue, pour les personnes âgées qui restent enfermées chez elles ? S'il est assez facile de s'émouvoir de la pauvreté, ou plus exactement des pauvretés (car la pauvreté peut se manisfester sous diverses formes) en hiver, celles-ci ne s'arrêtent pas avec les grands froids ; les fortes chaleurs sont tout aussi dures à supporter dans la rue, sans parler des promeneurs et des touristes qui jettent aux « clochards » un regard réprobateur, les insultent même parfois. Quant aux personnes que l'âge ou la maladie isole, elles sont encore plus seules quand ceux qui pensent à elles sont partis en vacances.

« Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits. » (Mt 11, 25)

On a souvent reproché à l'Eglise de tenir un discours élististe, de parler un langage que seuls quelques initiés peuvent comprendre. La messe en latin, les célébrations où le prêtre se tenait bien loin, dos au peuple, des gestes souvent mal compris, ont largement contribué à cette image, tout en faisant le délice des humoristes. Des sketches comme « Djozef à mèsse » (et son équivalent dans d'autres langues régionales) témoignent de cette distance entre le peuple et le clergé. Depuis Vatican II, ces histoires nous font moins rire, car la messe a changé... et de moins en moins de gens y vont; mais le discours de l'Eglise n'est pas mieux compris pour autant.

Et pourtant, quand on lit les Evangiles ou la vie des premières communautés chrétiennes, il est clair que le message de Jésus, relayé par les Apôtres, ne s'adresse pas qu'aux « docteurs de la Loi » : il parle aux pêcheurs, aux bergers, aux vendangeurs avec des mots qu'ils peuvent comprendre ; il ramène le message biblique élaboré depuis la première alliance à l'essentiel : Dieu nous aime et nous devons nous aimer les uns les autres.

A Rome, en-dehors de la Diaspora, il y a parmi les premiers convertis de nombreux esclaves et de petites gens en quête de justice sociale. Ce sont tous ces « petits » qui ont donné au christianisme naissant la « masse critique » qui lui a permis de se développer et de survivre jusqu'à nous.

Mais être petit (et en particulier petit en savoir) n'est pas un objectif en soi. Des Chrétiens - célèbres ou anonymes - ont compris qu'aimer son prochain, c'est aussi combattre l'ignorance, en particulier lorsqu'elle touche les plus pauvres et les empêche de grandir, dans la foi comme dans la société. On connaît bien saint Jean-Baptiste de La Salle, dont les méthodes d'enseignement (et de formation des maîtres), innovantes pour l'époque, ont rendu le savoir accessible à ceux qui ne pouvaient se payer un précepteur ou une place dans une école privée.

Mais saint Jean-Baptiste de La Salle n'est pas le seul ; si les « Frères des Ecoles Chrétiennes » (dont fit partie « notre » saint Mutien-Marie) servent souvent de référence aux congrégations enseignantes, d'autres moins célèbres eurent eux aussi à coeur de rendre le savoir accessible aux plus pauvres : tout près de nous, à Gosselies, on se souvient encore de Jean Herbet qui, il y a plus de 325 ans, créa un enseignement spécialement destiné aux filles pauvres. Ces écoles « de la Providence » existent encore aujourd'hui, sous diverses formes et en diverses implantations, et l'esprit du fondateur y est toujours, en particulier lorsqu'il est question d'offrir une « dernière chance » aux jeunes en décrochage scolaire, ou de former des maîtres qui seront attentifs à faire progresser tous leurs élèves, quel que soit leur niveau ou leur condition sociale.

A une époque ou tout le monde veut être « beau, riche et célèbre », jusqu'à en souffrir (sans pour autant y arriver), Jésus propose une nouvelle voie : "Venez à moi [...] et je vous procurerai le repos" (Mt 11, 28). Il n'y a pas d'examen d'entrée pour devenir disciple, pas d'épreuve de connaissance ni de « titre requis » ; mais il faut en avoir envie.

« Le semeur sortit pour semer » (Mt 13, 1-9)

La Parabole du Semeur (Mt 13, 1-23) est un classique du genre ; un passage tellement fondamental dans l'enseignement de Jésus, puis des Apôtres, que le rédacteur de l'Evangile selon saint Matthieu a cru bon de faire suivre le récit de son explication. Une explication qui ne témoigne pas d'une grande estime pour ceux qui sont venus écouter Jésus ce jour-là... mais ce n'est pas lui qui le dit, ou du moins, pas directement. Comme souvent, Jésus se réfère à une prophétie d'Isaïe : ce peuple est non seulement mal-voyant et mal-entendant, il ferme les yeux et se bouche les oreilles pour être sûr de ne pas voir et de ne pas entendre.

La liturgie aurait pu reprendre, comme première lecture, le passage du livre d'Isaïe évoqué par Jésus (Is 6, 5) ; un passage qui doit avoir marqué les Apôtres, car on retrouve la même citation dans les Actes (Ac 28, 27). Mais la référence est quelque peu ambigüe : dans le livre d'Isaïe, c'est sur odre de YHWH que le peuple reste sourd et aveugle, jusqu'au jour du châtiment. Car l'image du Dieu de la première alliance est encore celle d'un Dieu vengeur; le peuple élu n'a pas encore pris pleinement conscience de son immense miséricorde, et attribue à la justice divine ce qui n'est que le résultat de ses propres peurs, de ses propres égarements.

Dans la version de Jésus, ces paroles de crainte deviennent paroles de libération, à condition que le peuple accepte de voir et d'entendre; ce n'est pas évident pour tous, et les paraboles sont là pour les y aider.

Et s'ils ne veulent pas voir et entendre ? Dans la première lecture (Is 55, 10-11, le passage choisi par la liturgie), le prophète Isaïe se veut le plus optimiste : qu'on la reçoive ou pas, la parole de Dieu n'est jamais sans effet ; il en reste toujours quelquechose, si peu que ce soit. Voilà qui devrait rendre un peu de courage à ceux qui voient dans la « nouvelle évangélisation » une tâche aussi vaine qu'insurmontable. En même temps, le succès n'étant jamais ni acquis ni total, il faut sans cesse continuer à semer, tout en se réjouissant de ce que l'on récolte, si peu que ce soit.

Notre Dame du Mont Carmel

Ce dimanche 16 juillet est aussi la fête de Notre Dame du Mont Carmel.

Le Mont Carmel situé en Israël, non loin du port de Haïfa, est un haut lieu de l’histoire biblique. C’est tout d’abord, 900 ans avant JC, le lieu de la victoire du prophète Elie sur les prêtres de Baal (1Rois, 18, 1-19). Ce fut ensuite le lieu de résidence de religieux venus d’Europe, souvent des ermites qui trouvaient l’inspiration dans le souvenir du prophète Elie. Et c’est à un d’eux, saint Simon Stock, que la Vierge apparut, le 16 juillet 1251, et remit le « scapulaire », modèle réduit du vêtement de travail des moines.

Plusieurs ordres religieux font référence, dans leur nom, au Mont Carmel : Carmélites, Carmélitains… et ordres laïques associés. Ils portent comme signe distinctif le scapulaire (parfois remplacé par une médaille, pour des raisons pratiques). « Le Carmel » connut un nouvel essor au 16ème siècle, avec la réforme de Sainte Thérèse d’Avila et saint Jean de la Croix.


Le temps des paraboles

Durant trois dimanches (et celui-ci est déjà le deuxième), l’Eglise nous propose de méditer une succession de paraboles, qui ensemble forment le chapitre 13 de l’Evangile selon saint Matthieu. Un chapitre qui est intéressant à plusieurs titres.

S’il ne constitue pas un résumé de l’enseignement du Christ, il en dit long sur sa méthode, encore d’actualité : pour comprendre et retenir une nouvelle notion, rien de tel que de la rattacher à quelque chose de connu, de familier ; notre mémoire elle-même travaille d’ailleurs par analogie et création de liens. Certains se souviendront sans doute d’un instituteur à Wayaux, qui était au comble du bonheur, quand un élève lui disait « Monsieur, c’est comme… ». L’Eglise (pas seulement la hiérarchie, mais tous ceux, même « simples fidèles » qui se sentent concernés par la pastorale et la « nouvelle évangélisation ») ne devrait-elle pas adapter son message pour que ceux qui le reçoivent aujourd’hui puissent le raccrocher à ce qu’ils connaissent ?

Jésus et ses disciples se distinguent d’autres courants du judaïsme (et en particulier des Pharisiens) par une conception différente de la pureté rituelle (mettant la pureté intérieure bien au-dessus de la pureté physique imposée par les multiples règles que les Juifs de stricte observance s’imposent encore aujourd’hui) ; Daniel Marguerat fait d’ailleurs de la question de la pureté le principal point de rupture entre Jésus et les Pharisiens. Et pourtant, Matthieu (et lui seul ; les versets 24 à 52 de Mt 13 n’ont pas d’équivalent chez les autres évangélistes) nous présente un Jésus assez « juif » quand il est question de séparer le bon grain de l’ivraie, ou les bons des mauvais poissons : tôt ou tard, il y aura un tri. Une vision manichéenne que l’Eglise elle-même a longtemps entretenue, avec l’image du paradis et de l’enfer, et qui cadre mal avec celle d’un Dieu miséricordieux. De nos jours, on parle plus volontiers d'auto-exclusion que de jugement : la miséricorde divine est pour tous, mais chacun est libre de la refuser.

Une troisième lecture de ces paraboles, qui est aussi celle de saint Augustin, relie ces propos non seulement au temps de Jésus, mais à l’Eglise elle-même, en proie, dès les premiers siècles, aux schismes et aux hérésies. L’ivraie (ou les mauvais poissons), ce n’est pas l’incroyant vis-à-vis du croyant ou le méchant vis-à-vis du bon ; c’est plutôt celui qui, sournoisement, détourne le message de Dieu et la foi qu’il suscite à son seul profit. La tentation est grande, quand on croit avoir raison, d’éliminer les contradicteurs – qui sont aussi des concurrents – le plus vite possible, comme on retire un mal avant qu’il ne se propage à tout le corps. Mais Jésus tempère : faites une place pour chacun, sans trop regarder à la concurrence, et laissez les « anges » faire le tri, quand l’heure sera venue. Peu importe ce que l’on met derrière le mot « ange », ce ne sont pas des hommes, pas même les Apôtres, qui pourront juger de ce que chacun aura fait de la petite graine de divin qu’il a en lui.

Ce troisième aspect mérite d’être considéré bien au-delà de l’Eglise et même de la sphère religieuse. Les nouvelles formes d’information et de communication amènent nos contemporains à avoir un avis sur tout (ce qui n’est pas un mal en soi), mais aussi à vouloir être le premier à le donner, au risque de juger sur base de données partielles et partiales. On peut parier, sans trop de risque, que Jésus n’aurait pas démenti ces paroles de Georges Brassens :

Qu'au lieu de mettre en joue quelque vague ennemi
Mieux vaut attendre un peu qu'on le change en ami
Mieux vaut tourner sept fois sa crosse dans la main
Mieux vaut toujours remettre une salve à demain
(Extrait de « Les deux oncles », 1964)

« Le Royaume des cieux est comparable à un trésor caché... » (Mt 13,44)
« Le Royaume des cieux est comparable à un marchand qui cherchait de belles perles... » (Mt 13, 45)


En première lecture, voilà deux courtes paraboles qui semblent dire la même chose, mais un détail pourrait nous faire supposer qu'il ne s'agit pas d'une simple redite... ou que la seconde révèle quelque chose que la lecture de la première seule ne peut laisser deviner.

Le Royaume des cieux est certes un trésor que nous rêvons tous de posséder... à moins que nous n'en soupçonnions pas l'existence ou que nous ayons renoncé à le chercher (« Misère de l'homme sans Dieu », disait Pascal dans ses « Pensées »). Mais acquérir quelque chose, c'est souvent renoncer à beaucoup d'autres ; ce ne sont pas les jeunes qui essaient de construire leur « nid douillet » qui me démentiront. L'homme de la première Parabole a fait son choix : il vend tout ce qu'il possède pour acquérir le champ où se trouve le trésor, et son choix le remplit de joie. Quel contraste avec le jeune homme riche (Mt 19, 22), qui n'a pas su choisir, et s'en va tout triste !

Si la seconde parabole était un simple renforcement de la première, elle commencerait sans doute comme ceci « Le Royaume des cieux est comparable à une perle... ». Mais ce n'est pas ce que dit Jésus : le Royaume ici n'est pas la perle, mais celui qui la cherche. Qui est alors la perle, si ce n'est l'humanité ? Et qui serait dans ce cas le marchand, si ce n'est le Christ ?

De nombreux prédicateurs se sont efforcés à trouver un sens unique et commun à ces deux paraboles, voyant dans le Christ - car c'est finalement de lui-même qu'il parle - tantôt le « trésor » pour qui l'homme-pécheur doit renoncer à tout le reste, tantôt le marchand venu (r)acheter ce même homme-pécheur ; dans les deux cas, quelle piètre image de l'homme...

D'autres se sont contentés de la double interprétation, privilégiant l'amour – nécessairement réciproque - à la notion de « rachat ». En effet, elle illustre parfaitement la notion de réciprocité, inhérente à la foi judéo-chrétienne : nous ne sommes pas sur terre comme dans un grand jeu de piste, où il nous appartiendrait de trouver seuls les indices bien cachés qui nous conduiront à la récompense ultime.

Le Dieu en qui nous voulons croire n'attend pas sur son trône la fin du jeu, pour désigner ceux qui méritent la victoire... Au contraire, il nous cherche, sans doute autant, si pas plus, que nous le cherchons.

Et le « marchand » qu'il nous envoie donne tout ce qu'il a, jusqu'à sa vie, pour acquérir la perle qu'il a trouvée… parce qu’il l’aime !

Merci Marie...

La fête de l’Assomption de Marie, le 15 août, résulte à la fois de la dévotion populaire et d’une volonté de l’Eglise au plus haut niveau. Il suffit de voir le nombre de lieux de culte dédiés à Marie pour se rendre compte de son importance, sinon dans notre foi (Saint Paul, dont on peut dire qu’il jette les bases du christianisme en tant que religion à part entière, n’en dit rien de plus que « Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme, et soumis à la loi de Moïse » (Ga 4, 4)), du moins dans nos pratiques et nos traditions.

Les mots que nous utilisons témoignent, sinon d’une confusion, au moins d’une association de l’Eglise toute entière à la personne de Marie. Ne dit-on pas quelquefois « notre mère la sainte Eglise » ? Même s’ils sont symboliques, il existe en effet des points communs entre la Vierge Marie et l’Eglise : c’est en Marie, qu’une fois dans l’Histoire, le Fils de Dieu s’est fait homme ; c’est dans l’Eglise qu’aujourd’hui encore, il se révèle aux hommes chaque jour. Nul n’ayant l’exclusivité, il faut entendre ici par « Eglise », non seulement l’institution que nous appelons « Eglise catholique romaine », mais l’ensemble des communautés chrétiennes qui vivent et enseignent l’Evangile de Jésus-Christ.

Pour beaucoup d’hommes, y compris ceux qui ne se reconnaissent pas entièrement dans l’Eglise, Marie apparaît encore comme le meilleur chemin vers Dieu ; c’est aussi à elle que certains pensent dans les moments de grande détresse… Des fêtes comme celles qui se déroulent un peu partout le 15 août nous rappellent que Marie est toujours là, pour nous et avec nous : le « tour du Roux » n’en serait pas à sa 780ème édition si nous n’étions pas persuadés que l’aide de Marie est efficace. Mais pensons-nous suffisamment à la remercier ou, plus simplement encore, à la suivre dans sa propre action de grâce ?

Je relisais récemment « Candide » de Voltaire, et un passage m’a particulièrement interpellé : Candide ne se lassait pas de faire interroger ce bon vieillard ; il voulut savoir comment on priait Dieu dans l'Eldorado. « Nous ne le prions point, dit le bon et respectable sage ; nous n'avons rien à lui demander ; il nous a donné tout ce qu'il nous faut ; nous le remercions sans cesse. »

Dire merci est devenu, pour beaucoup d’entre nous, une forme de déshonneur. Comme s’il nous en coûtait de reconnaître que tout ce qui nous arrive de bien n’est pas nécessairement un « droit » ou un « dû ». Au cours de sa vie de mère, Marie a sans doute beaucoup souffert ; pourtant, elle n’a cessé de voir cette maternité comme un cadeau de ciel et de clamer « Mon âme exalte le Seigneur ».

N’hésitons donc pas à lui confier nos intentions de prière, et si nous n’avons rien à demander dans l’immédiat, demandons-lui au moins de nous apprendre à dire merci. Non seulement à Dieu, mais aussi à tous ceux qui nous entourent et qui nous font ou nous veulent du bien…

Le miel des Saintes Écritures

La mémoire de saint Bernard de Clairvaux n'éclipse pas le 20ème dimanche ordinaire (sauf dans les églises dépendant de l'ordre cistercien, où il s'agit d'une solennité), mais comme le 20 août ne tombe un dimanche qu'une fois sur sept (en moyenne), il serait dommage ne pas évoquer ici cette figure marquante du christianisme, abbé et docteur de l'Eglise, que l'on a surnommé le « docteur à la parole de miel » ou encore « celui qui prend le miel des Saintes Ecritures pour que celles-ci soient profitables à tous ».

Issu de la noblesse bourguignonne, Bernard de Fontaine (il est né à Fontaine-lès-Dijon), entre en 1112, à 21 ans, au monastère de Cîteaux. Suite à la réforme de Robert de Molesme, les moines de Cîteaux observent la règle de saint Benoît, bien plus strictement que les Bénédictins eux-mêmes (d'où leur nom de « Cisterciens » ou « de la stricte observance ») : simplicité dans le culte et dans l'art, rupture avec le monde, pauvreté, travail manuel, silence. Ce retour à la rigueur originelle, qui a séduit Bernard et une trentaine de ses parents et amis, donne un nouvel élan à la vie monastique, que Bernard s'empresse de faire rayonner et essaimer. C'est ainsi que Bernard devient le fondateur de nombreuses abbayes dont Clairvaux, La Ferté, Morimond et Pontigny.

Admirateur des Pères de l'Eglise et en particulier de saint Augustin, on lui doit de nombreux écrits et sermons. A la fois théologien et contemplatif, il affirme que « l'homme cherche et trouve Jésus plus facilement dans la prière que dans la discussion ».

Saint Bernard doit sans doute son surnom de « melliflue » (celui qui fait couler le miel) à son affirmation répétée que « Jésus est miel à la bouche, cantique à l'oreille, joie dans le cœur ».

Le miel est omniprésent dans la Bible. A cinq reprises, dans l'Exode, Yahweh promet à son peuple de le conduire « dans un pays où coulent le lait et le miel » (Ex 3,8 3,17 ; 13,5 ; 16,31 ; 33,3). Les prophètes ne sont pas en reste, et rappellent régulièrement au peuple cette promesse. Isaïe dit aussi de l'Emmanuel « De crème et de miel il se nourrira, sachant rejeter le mal et choisir le bien » (Is 7,15). Le livre des Proverbes affirme que « Des paroles aimables sont un rayon de miel ; c'est doux au palais, salutaire au corps » (Pr 16,24).

On retrouve également le miel dans le Nouveau Testament. Chez Marc (Mc 1,6) et Matthieu (Mt 3,4), Jean-Baptiste « se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage ». Dans l'Apocalypse de saint Jean, c'est le livre que l'ange lui donne à manger qui, dans sa bouche « avait la douceur du miel », mais rend ses entrailles amères (Ap 10,10), ce qui n'est pas sans rappeler le rouleau qu'Ezéchiel reçut de Dieu avec l'ordre de le manger, et qui fut dans sa bouche « d'une douceur de miel » (Ez 3,3)... avant qu'il n'aille affronter un peuple au cœur endurci !

Le miel est à la fois l'image d'une nourriture bonne pour l'homme, riche et savoureuse, et d’un cadeau de la Nature ; mais parfois il prépare à une mission difficile : la Parole de Dieu est douce pour celui qui la reçoit, mais la communiquer est un défi, un travail toujours à recommencer, comme il est dit au même verset de l'Apocalypse : « Il te faut à nouveau prophétiser sur des peuples, des nations, des langues et des rois en grand nombre. » (Ap 10,10).

Et nous, comment voyons-nous le « miel des Saintes Ecritures » ? Comment le recevons-nous, et que faisons-nous pour le faire couler des rayons et le séparer de la cire ?

« On ne souhaite pas la paix, on la fait. »

Pour beaucoup d’entre nous, ce dernier week-end d’août a déjà un air de rentrée. Pour d’autres, c’est le moment de profiter d’un dernier moment de calme, ou de faire le point sur tout ce qu’ils ont pu découvrir en voyage, ou simplement en balade, car il n’est pas toujours nécessaire d’aller bien loin pour profiter d’un moment de détente, voire de dépaysement.

Certaines activités présentées comme touristiques ou festives peuvent aussi nous amener à réfléchir sur ce qu’ont vécu nos ancêtres, au quotidien ou lors d’événements dramatiques ; c’est le cas du « Bois du Cazier », qui illustre un passé minier, mais nous rappelle surtout un tristement célèbre 8 août 1956.

Un peu plus loin dans le temps, Charleroi se souvient de la tuerie de Courcelles, le 18 août 1944, où 18 notables, dont le chanoine Harmignies, doyen de Charleroi, furent exécutés, sans autre motif que la haine et la vengeance. La « Basilique » et ses dorures ne sont pas là pour « faire bien » ni, comme c’est le cas de certaines églises de la région, pour faire étalage de la puissance et de la richesse de l’industrie locale, mais pour « faire mémoire » d’événements que personne de sensé ne souhaite revivre…

Plus loin encore, le mois d’août est pour plusieurs villes de Belgique, celui du début de la « Grande Guerre » ; nous l’évoquons brièvement chaque année, durant le « Tour du Roux », lorsque nous nous arrêtons devant une des nombreuses chapelles dédiées à Notre-Dame de Hal, en souvenir des Frasnois qui s’y sont distingués. On oublie parfois qu’avant de s’enliser dans les tranchées de l’Yser, la première guerre mondiale a donné lieu, à l’intérieur du pays, à des batailles sanglantes, suivies de massacres de civils ; la ville de Dinant, destination touristique s’il en est dans notre belle Wallonie, fut particulièrement touchée le 23 août 1914, avec deux tiers des bâtiments détruits et 674 civils massacrés.

On pourrait remonter bien plus loin encore dans le temps pour retrouver le souvenir d’autres drames, mais est-ce vraiment nécessaire ? L’actualité nous donne tous les jours des exemples de violences causées par la haine et la bêtise. Et quand les attentats ne font pas la Une, ce sont les déclarations incendiaires de dirigeants, plus préoccupés de leur « ego » que du bien commun, qui régalent les amateurs de sensations fortes…

A côté de cela, une immense majorité d’êtres humains aspirent à la paix ; des millions de Chrétiens dits « pratiquants » se disent « la paix du Christ » chaque dimanche à la messe ; deux milliards de Musulmans en saluent d’autres tous les jours en disant « la paix avec toi », et les Juifs en font autant… Le monde n’a peut-être jamais autant parlé de paix, mais suffit-il d’en parler ?

Les Dinantais ont sans doute vu juste, en écrivant sur le monument inauguré le 23 août 2014 « On ne souhaite pas la paix, on la fait ». Peut-être se sont-ils souvenus à cette occasion d’un autre Dinantais (de naissance, mais Hutois d’adoption), le Père Dominique Pire (connu notamment pour sa fondation, qui gère les « Iles de paix »), qui a reçu le prix Nobel de la Paix en 1958, et dont on dit encore aujourd’hui « Son amour des hommes n’avait pas de frontières ».

Prenons-en de la graine en ce temps de rentrée : si nous ne pouvons guère influencer la politique internationale ni contrôler les excités de tout poil, il nous appartient de « faire la paix » sur nos chantiers, dans nos quartiers, nos cours de récréation… et même dans nos églises où, avouons-le, on dit plus souvent la paix qu’on ne la fait.

Sur les traces de saint Grégoire le Grand (540-604).

La Liturgie nous donne l’occasion ce dimanche de méditer l’invitation à « porter sa croix », à la suite de Jésus. Mais on peut aussi penser, paraphrasant saint François de Sales (« c’est un abus de désirer le martyre et n’avoir pas le courage de supporter une injure ») qu’il est un peu présomptueux de vouloir « porter sa croix », quand il nous est déjà si difficile de faire face à tout ce que ce temps de rentrée signifie pour la plupart d’entre nous : stress, incertitudes, nouveaux défis… Les accepter, avec la sagesse de supporter ce qu’on ne peut changer et le courage de faire changer ce que l’on peut changer, n’est-ce pas suffisant ?

C’est sans doute ce qui a aussi inspiré saint Grégoire le Grand, pape et docteur de l’Eglise, que nous fêtons le 3 septembre. « Follower » de l’Esprit-Saint bien avant l’invention de twitter, on le représente avec une colombe qui lui murmure à l’oreille…

Comme beaucoup de grands hommes, Grégoire 1er (il fut le premier pape à porter ce nom) est un homme de contrastes : fils de sénateur romain et promis à une carrière de haut fonctionnaire, il décide à 35 ans d’abandonner succès et richesses pour embrasser la vie monastique ; alors qu’il se plaît dans l’habit d’un moine mendiant, pauvre parmi les pauvres, il se voit gravir malgré lui tous les échelons du sacerdoce, depuis le diaconat jusqu’à la papauté ; ardent défenseur de l’Eglise de Rome, il défend également l’autonomie des Eglises d’Orient ; tout empreint de romanité et acteur de la paix avec les Lombards, il préfère cependant dépenser son énergie à évangéliser les peuples païens, et enverra des missions jusqu’en « Terre des Angles ».
Mais ce n’est pas seulement cette succession de rebondissements qui a fait de saint Grégoire un homme exceptionnel, ni un modèle pour notre temps : saint Grégoire peut, sans risque, être qualifié de « génie de l’évangélisation », et ce n’est pas pour rien que Benoit XVI l’a choisi comme modèle pour tous les pasteurs, et en particulier les évêques.

Rejetant toute vaine intellectualisation, il voit les Ecritures comme une nourriture quotidienne, bien plus qu’une source de connaissances ; une nourriture qui donne la force et l’envie d’agir, car pour saint Grégoire, « comprendre les Ecritures est inutile si cette compréhension ne pousse pas à agir ». Avec une telle vision, il est heureux que ses supérieurs ne l’aient pas laissé s’enfermer dans une vie contemplative !

Sa conception de la pastorale est également remarquable : contrairement à d’autres prêcheurs, il considère qu’une œuvre pastorale efficace implique de connaître les populations visées et de s’adapter à leur situation. Cette règle pastorale, écrite par saint Grégoire à l’intention des évêques de son temps, fut encore rappelée par Benoît XVI, tant elle est actuelle.

Que d’erreurs ne sont pas encore commises aujourd’hui au nom d’une certaine conception d’Eglise qui se verrait bien, comme ces marchands de T-shirts « one size fits all »…

Dans une société où les « pasteurs de métier » se font de plus en plus rares, c’est à l’ensemble des acteurs pastoraux, si modeste que soit leur contribution, que ces recommandations s’adressent aussi.

(voir notamment http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2008/documents/hf_ben-xvi_aud_20080604.html )

« S’il t’écoute, tu as gagné ton frère » (Mt 18, 15).

1ère lecture  (Ez 33, 7-9)

Évangile (Mt 18, 15-20)

[…] Lorsque tu entendras une parole de ma bouche, tu les avertiras de ma part.

Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul

 

S’il t’écoute, tu as gagné ton frère.

[…] si tu ne lui dis pas d’abandonner sa conduite mauvaise, lui, le méchant, mourra de son péché, mais à toi, je demanderai compte de son sang.

 

Au contraire, si tu avertis le méchant d’abandonner sa conduite, et qu’il ne s’en détourne pas, lui mourra de son péché, mais toi, tu auras sauvé ta vie

S’il ne t’écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes  […]  S’il refuse de les écouter, dis-le à l’assemblée de l’Église ; s’il refuse encore d’écouter l’Église, considère-le comme un païen et un publicain

Il est difficile de ne pas voir quelques similitudes entre la première lecture (Ez 33, 7-9) et l’Evangile (Mt 18, 15-20) de ce dimanche.  Dans les deux cas, il est question de responsabilité face au péché d’autrui : le Juif et le Chrétien ont le devoir d’avertir leurs frères qui sont dans l’erreur.  Cette responsabilité a néanmoins une limite : la liberté de l’autre (avec les nuances reprises plus loin).  En même temps, les deux textes se distinguent par leur structure, qui traduit assez bien la différence entre les conceptions du mal dans le premier et le nouveau testament.

Ce qui saute d’abord aux yeux, c’est l’approche positive de l’Evangile : le premier cas considéré par Jésus est celui ou le « fautif » écoute celui qui vient le trouver.  Tout programmeur soucieux de l’efficacité de son code sait qu’il a intérêt à tester en premier lieu la condition qui a le plus de chance d’être réalisée, afin d’éviter des tests inutiles.  Partant de celle logique, on voit tout le bien que Jésus pense de l’homme et de sa capacité d’écouter pour s’améliorer.  Cette éventualité n’est même pas reprise par Ezéchiel ; non parce qu’il doute de sa capacité de conversion, mais en raison de l’antique conception juive de la liberté : l’homme est entièrement libre de faire ce qu’il veut, y compris de s’opposer à la volonté divine ; en revanche (c’est le cas de le dire), Dieu peut se venger…  Le « méchant » est méchant parce qu’il a librement (et souvent  irrémédiablement) choisi l’option du mal.  Dès lors, l’action du « bon » vise avant tout à se sauver lui-même, mais n’en est pas moins indispensable.  Jean-Baptiste puis Jésus viennent atténuer cette vision : en appelant à la conversion, en allant vers des pécheurs notoires, ils proclament que le mal, quel qu’il soit, n’est jamais un choix définitif.  Dans la pensée grecque, et en particulier celle d’Aristote et de Platon, le mal est plus la conséquence de l’ignorance que d’un choix conscient.  On pourrait presque dire que le méchant est un bon qui s’ignore.  Si Jésus et trois des quatre évangélistes (dont Matthieu) sont juifs, ceux qui nous ont transmis les Evangiles sont fortement imprégnés de culture grecque.

La deuxième différence, c’est l’insistance et la progression des moyens de conversion.  Chez Ezéchiel, le premier avertissement est aussi le dernier ; si le texte ne le dit pas explicitement, il n’y a pas non plus d’obligation de multiplier les avertissements.  C’est tout le contraire chez Matthieu, avec en plus un départ en toute discrétion : on est loin du lynchage médiatique que l’on connaît aujourd’hui, souvent au mépris de nos règles fondamentales, car si, aux yeux de la Justice, nous sommes (théoriquement) présumés innocents, sur la place publique, nous sommes le plus souvent présumés coupables.

La troisième différence, c’est la sanction du « méchant » : le « Dieu vengeur » le fait mourir ; l’Eglise se contente de l’exclure, tout en laissant la porte ouverte, car les païens et les publicains qui veulent sincèrement (re)venir sont les bienvenus dans le Royaume. (Certains diront que l’Eglise-institution a, elle aussi, conduit des gens au bûcher, mais c’était en raison du rôle politique que certains lui ont fait jouer ; ce n’est évidemment pas de cette Eglise-là, mais de la grande famille de ses disciples dont Jésus parle ici.)

Oser dire en vérité ce qui va mal, mais sans juger, ni détruire, ni exclure (ni s’exclure soi-même), voilà bien un défi pour les Chrétiens d’aujourd’hui.  Un défi et une responsabilité, si nous ne voulons pas avoir à rendre compte du sang versé à cause de notre silence…

« Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait » (Si 28, 2)

Une fois de plus, la Liturgie nous montre un beau parallèle entre le premier et le nouveau testament. Dans les deux textes, Dieu appelle les Hommes à se pardonner mutuellement. A part quelques nuances, dues à la culture comme au temps où ces textes s’inscrivent, le message est globalement le même.

Dans le premier testament, le pardon, c’est-à-dire le rétablissement de la relation avec le prochain, est une condition au maintien de la relation avec Dieu. Nul ne peut prétendre être écouté de Dieu, s’il n’est pas lui-même à l’écoute de son prochain. Ce n’est pas pour rien que dans le « Notre Père » (pour lequel Jésus s’inspire d’une prière juive), nous demandons à Dieu de nous pardonner nos offenses « comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ». La rancune, dans le sens de « refus de pardonner », apparaît ainsi comme le péché par excellence, car ellel condamne à la fois l’auteur et la victime. Dans la pensée juive, comme on le rappelle souvent, seul l’offensé peut accorder son pardon. Si l’offensé refuse de pardonner, Dieu ne pardonnera pas l’auteur de l’offense, mais il privera aussi l’offensé du pardon de ses propores fautes. En d’autres mots, tout le monde est perdant ; c’est particulièrement à méditer, à une époque où l’on prétend rechercher des solutions « win-win »…

Dans l’Evangile, le pardon est d’abord un don gratuit, un « don par-delà » : il ne s’agit pas de pardonner son prochain pour « se faire bien voir » de Dieu ; le pardon devrait être quelque chose de naturel, l’option par défaut ; pardonner au prochain devrait être d’autant plus naturel que le Chrétien se sait déjà pardonné par Dieu ; de quel droit serait-il plus sévère avec son frère que Dieu ne l’est avec lui-même ? Mais l’Evangile va plus loin encore : le pardon n’est pas qu’une question de droit, ni même de bon sens, mais de cœur : c’est avec son cœur, qu’il faut pardonner, pour que ce pardon soit agréable à Dieu. Peut-être l’avons-nous déjà expérimenté : un pardon obligé, de pure convenance, humilie plus qu’il en remet debout ; le véritable pardon, qui relève les deux parties, est un acte d’amour. S’il est une phrase de Jésus qui illustre bien le fait que « Jésus ayant aimé les siens, il les aima jusqu’au bout » (Jn 13, 1), c’est celle où il dit à son Père « Pardonne-leur, car il ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34).

Ironie du calendrier, nous fêtons aujourd’hui saint Lambert, évêque de Maastricht, qui fut assassiné en 708 à Liège, où il fait l’objet d’une dévotion populaire. Plusieurs théories circulent sur les mobiles et les auteurs de ce meurtre, mais il semble acquis qu’il fut tué par vengeance. L’Histoire des Hommes, celle que l’on apprend (ou apprenait) à l’école ne retient souvent que les guerres et les révolutions, dont les déchaînements de violences sont le résultats de vengeances successives.

Il me revient à ce sujet les mots d’un professeur, un peu philosophe, que j’avais en début d’humanités ; il avait réagi, devant un début de dispute à propos du pied qu’un élève avait osé mettre sur la chaise d’un autre, en disant « un pied sur la chaise, une bombe sur Hanoï ! » (c’était l’époque de la guerre du Vietnam). Il signifiait par là qu’il n’y a pas de petite ou de grande offense, de petit ou de grand conflit : si petite que soit la discorde, si insignifiante que soit sa cause, elle ne peut que s’amplifier si on ne casse pas la spirale de la violence, physique ou verbale.

Parce que la raison peut parfois justifier la violence, elle ne peut, à elle seule, la combattre ; la seule chose qui peut casser la violence, c’est l’amour car, comme dit saint Paul, « L’amour […] n’entretient pas de rancune » (1Co 13, 5).

Les ouvriers de la dernière heure (Mt 20, 1-15)

La Parabole dite des « ouvriers de la dernière heure » défie une fois de plus notre sens de la logique et de la justice. Il serait vain de vouloir y trouver une forme quelconque de législation sociale ; tout au plus pourrions-nous dire qu'il faut comprendre cette histoire dans la logique de Jésus, qui est celle du surplus. Mais en cherchant plus loin - et surtout en s'inspirant de ce qu'en ont dit d'éminents prédicateurs comme saint Augustin - on peut voir combien ce texte est riche en symboles et nous dit quelque chose de Dieu et de son rapport au monde... et au temps!

Si la vigne représente le monde et Dieu le vigneron, on peut dire que Dieu n'attend pas seulement du fruit de sa vigne, mais qu'il la cultive, c'est-à-dire qu'il travaille à la rendre meilleure, plus saine, plus productive. Pour cela il ne s'épargne aucun effort : à toute heure du jour, il envoie de nouveaux ouvriers prendre soin de sa vigne. En retour, la vigne rend un culte au Seigneur, ce qui est sa façon de "cultiver" Dieu. Car, comme le fait remarquer saint Augustin, « culte » et « cultiver » sont étymologiquement très proches. Bien sûr, le monde ne « cultive » pas Dieu pour le rendre meilleur, mais il l'honore en lui offrant le meilleur de lui-même, tout en s'efforçant d'être encore meilleur tout au long du jour. On nage ici dans la réciprocité, chère à Jacques Vallery et d'autres « prophètes » modernes, qui ont essayé de dire le Dieu de Jésus-Christ avec des mots d'aujourd'hui.

En regardant encore plus loin le sens des mots, on voit que « culte » et « cultiver » viennent tous deux du latin « colere », qui signifie à la fois « cultiver » et « habiter » (on retrouve ces deux sens dans « agricole », qui cultive les champs, et « arboricole », qui habite dans les arbres). Au travers de ce texte (et d’autres), Jésus nous invite donc à nous laisser cultiver et habiter par Dieu, tout comme nous serons un jour appelés à habiter en Lui.

Si Dieu est le maître et le monde la vigne, qui sont les ouvriers ? Saint Augustin ne prend aucun risque en les appelant « ministres », car c'est bien ceux qui sont appelés au service : au service de Dieu, mais aussi au service du monde, car c'est en servant l'un qu'ils servent l'autre.

Cette richesse de symboles ne répond pas encore à la question qui nous dérange le plus dans cette Parabole : pourquoi celui qui n'a travaillé qu'une heure reçoit-il autant que celui qui a travaillé toute la journée ? On peut répondre assez simplement en disant que Dieu ne fait pas de différence entre les convertis de la première heure et les convertis de la dernière heure, que chacun progresse à son rythme dans la foi, etc.

Mais on peut y voir autre chose : Jésus pourrait tout aussi bien affirmer ainsi que pour Dieu, le temps ne compte pas. Face à un Dieu que l'on dit éternel, les notions d'avant, d'après et de durée apparaissent comme purement humaines. Ceux qui sont venus « avant » n'ont pas plus de part à la Vérité que ceux qui sont venus « après » et vice-versa. C'est peut-être aussi pour cela que dans la Parabole, ils ont tous le même « salaire ». Cette idée me paraît importante dans le dialogue inter-religieux. Nous y reviendrons très prochainement.

Dieu de Clothilde…

Il s’en fallut de peu que cet article s’intitulât « Dire sans faire et faire sans dire », car c’est bien de cela qu’il s’agit. S'il n'était question d'aller à la vigne, chacun de nous pourrait se retrouver dans les deux fils mis en scène dans l'Evangile de ce dimanche (Mt 21, 28-32). En effet, qui n'a jamais dit non, avant de se raviser, et qui n'a jamais dit oui, avant de « se dégonfler » ? Les exemples sont nombreux dans notre vie professionnelle ou familiale, mais peut-être plus encore en matière de religion.

Il ne suffit pas de dire « oui, Seigneur » (même si c’est déjà un bon début), ni de répondre à l’appel des cloches du dimanche matin. Aux dires-mêmes de Jésus, c'est à l'amour qu'ils auront les uns pour les autres qu'on reconnaîtra ses disciples (Jn 13, 25) ; pas à la fréquence ni à la taille de leurs rassemblements.

On pourrait continuer sur ce sujet mais ce serait risquer de paraître inutilement moralisateur, car ce n’est pas vrai à Rèves ce week-end : ceux qui se sont engagés à préparer la Saint-Remi sont à l’ouvrage, et fiers d’y être, comme chaque fois qu’un de nos villages vit « son » pèlerinage, que ce soit à saint Mutien-Marie, Notre Dame du Roux, saint Hubert, ou, comme ce dimanche, à saint Remi.

Avec saint Remi, c’est surtout une étape décisive dans la christianisation de l’Europe que l’on fête, bien plus qu’un saint dont on ne connaît finalement pas grand-chose. Il est admis (sans qu’on puisse le prouver formellement), que saint Remi est né en 437, devint évêque de Reims à 22 ans, et le resta durant 74 ans. Sa « vie miraculeuse » fut écrite par son lointain successeur, l’archevêque Hincmar au 9ème siècle et reprise au 13ème siècle par Jacques de Voragine dans sa « Légende dorée », qui relate la vie édifiante de plus d’une centaine de saints des premiers siècles.

Les récits de quelques-uns de ses miracles ajoutent à son prestige, mais ne disent pas grand-chose de sa théologie. Contrairement à d’autres, saint Remi nous laisse très peu d’écrits, et ce n’est pas par nos cours de religion ou de philosophie que nous le connaissons le mieux, mais par nos cours d’histoire. Son nom est en effet associé pour toujours à celui de Clovis 1er, roi des Francs, et à l’épouse de ce dernier, Clothilde.

Clothilde était une princesse catholique et n’avait pu convertir son mari, jusqu’au jour où, lors d’une bataille contre les Allemands, Clovis fit la promesse « Dieu de Clothilde, si tu me donnes la victoire, je me ferai chrétien. » Les deux durent tenir parole, car Clovis gagna et se fit baptiser… par le futur saint Remi.

Nous qui disons volontiers entre nous « Dieu de Jésus-Christ » ou « Dieu révélé en Jésus-Christ », nous pourrions nous étonner de voir Clovis s’adresser au « Dieu de Clothilde ». Mais à la réflexion, quoi de plus normal ? Le païen qu’il était ne connaissait pas Jésus, si ce n’est par son épouse Clothilde. Bonne chrétienne, celle-ci, à son tour, pouvait le lui révéler, mais avant d’avoir fait lui-même cette démarche d’adhésion, il ne pouvait voir Dieu et Jésus qu’à travers elle.

Aujourd’hui comme il y a 1500 ans, le monde n’est pas « naturellement » chrétien ; certains vont jusqu’à douter que Jésus ait pu vraiment exister. Pour ceux qui acceptent encore l’idée de Dieu, mais sans le chercher activement, l’image qu’ils en ont est celle que des croyants, individuellement ou collectivement, veulent bien leur donner. Dès lors que « le Dieu d’Untel » est la seule référence disponible, il est plus que jamais important de veiller à ce que ceux qui se disent chrétiens soient signes d’un Dieu aimant ; et pas seulement quand ils se rassemblent entre eux…

Vivre ensemble, malgré nos différences.

Notre région pastorale vit cette semaine un événement important : les 15 ans d'une association qui pousse des citoyens et citoyennes de différentes convictions à se rencontrer, là où certains affirment haut et fort qu'ils ne mettront jamais les pieds ; là où, dit-on, germent tous les vices... de l'autre. Le Groupe de Rencontre et d'Actions Inter-Religieuses (GRAIR) n'est pas né par hasard : en 2002, l'Europe était encore sous le choc des attentats du 11 septembre 2001. C'était bien loin, de l'autre côté de l'Atlantique, mais ici aussi, la peur commençait à s'installer, et avec elle la méfiance, la suspicion, le rejet, le repli. Charleroi, terre d'immigration, ne pouvait rester insensible.

La xénophobie, au sens premier du mot, n'est pas cette haine que certains attisent et que la loi tente assez maladroitement de réprimer ; ce n'est jamais que la peur de l'étranger, de celui que l'on ne connaît pas, ou pas assez. On ne vainc pas une peur par la force, fût-ce celle de la loi, au risque de la renforcer. Mais on peut jouer sur la connaissance ; se connaître est sans doute le meilleur moyen d'apprécier l'autre... et d'oser lui dire en face ce qu'on apprécie moins chez lui.

Si le GRAIR tente de promouvoir le "vivre ensemble", c'est parce que la "coexistence pacifique" ne suffit pas pour bâtir une société multiculturelle. L'actualité des dernières années nous a montré que laisser se créer des ghettos où "chacun vit comme il veut" n'est pas une bonne solution, que les gens qui s'évitent finissent quand même par se rencontrer ; alors, pourquoi ne pas d'emblée, faire le choix de s'inviter au lieu de s'éviter ?

"Vivre ensemble", et plus encore "faire ensemble" est un défi ; cela ne va pas de soi ; il faut vaincre ses peurs, mais aussi sa fierté, son sentiment de supériorité parfois. Il faut apprendre que la Vérité n'est jamais absolue, qu'il est bien confortable d'être avec des gens qui partagent la même vérité... mais que certains en ont une autre.

Le domaine religieux est particulièrement sensible, car il s'agit d'une forme de vérité qu'on ne remet pas facilement en question. La sécularisation du monde judéo-chrétien, au cours des cinquante dernières années nous donne l'occasion de relativiser - parfois un peu trop d'ailleurs - l'importance de nos convictions dans notre vie de citoyen. Ce n'est pas le cas de toutes les cultures, ni de toutes les époques : l'antisémitisme fut longtemps "naturel" chez de nombreux Chrétiens, et les rivalités entre Catholiques et Protestants – qui s’entendent très bien aujourd’hui - donnèrent lieu à des persécutions et des luttes fratricides.

Il serait illusoire de tenter, comme le veulent certains, de trouver, parmi l'éventail toujours grandissant de convictions et de traditions, un socle commun qui risque bien de se réduire à trop peu de chose pour être significatif. Il est tout aussi vain de vouloir effacer, au nom d'une prétendue neutralité, ce qui fait l'histoire d'un peuple et d'un pays. Au contraire, il est important de cultiver nos différences et d'oser en parler ; à condition que le dialogue soit authentique et dans le respect de chacun, on constate souvent qu'il nourrit notre foi, bien plus qu'il ne la met en danger...

Antériorité prophétique et éternité divine

L'opposition entre croyants des trois grandes religions monothéistes (comme entre les différents courants à l'intérieur même de ces religions) prend souvent sa source dans leur ordre de succession, avec comme question qui dérange : celui vient "après", a-t-il plus ou moins raison que celui qui le précède ? Vient-il compléter ou au contraire édulcorer, voire corrompre son message ?

Mais il est aussi possible de les voir comme des approches différentes d'une même Vérité, dont la totalité est par nature insaisissable par l'Homme. Avoir plus on moins raison, selon que l'on vienne avant ou après, est une vision purement humaine, liée à notre rapport au temps ; s'accrocher de manière exclusive à cette vision, c'est nier un des principaux attributs de Dieu, qui est l'éternité. Dire que "Dieu est éternel", c'est affirmer l'indépendance de Dieu par rapport au temps.

S’il nous laisse des textes inscrits dans le contexte d’une époque, d’une culture, d’une civilisation, ce n’est pas pour nous enfermer dans le passé. Au contraire, Il nous permet d’y trouver ce qu’il veut dire à chacun de nous, ici et maintenant. C’est ce que nous tenterons de faire, le 22 octobre après-midi, avec les orateurs et tous ceux qui nous rejoindront à Gosselies.

En cas de problème, n'hésitez pas à envoyer un e-mail